Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403982
jeudi 21 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2403982 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ZOCCALI |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 avril 2024, M. C, représenté par Me Zoccali, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 23 janvier 2024, par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme la somme de 1 300 euros, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'État.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne la présence de ses deux enfants mineurs en République démocratique du Congo ;
- il est présent en France depuis cinq années, et vit avec sa compagne qui dispose d'un titre de séjour et leurs deux enfants ; le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi sont illégales du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- ces décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent le 1 du 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que le §3 de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire enregistré le 14 octobre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dèche, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Zoccali représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 3 juillet 1995, est entré en France, selon ses déclarations, le 27 décembre 2017. Le 18 juin 2018, il a fait l'objet d'un arrêté de remise d'un demandeur d'asile aux autorités portugaises. Déclaré en fuite, sa demande d'asile a été reprise par la France et a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile, le 26 mai 2023. Le 18 août 2023, il a fait l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français. Le 12 octobre 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour et, par des décisions du 23 janvier 2024, dont M. A demande au tribunal l'annulation, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, si M. A fait valoir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle relève que ses deux autres enfants mineurs résident en République démocratique du Congo, alors que ses seuls enfants résident avec lui en France, il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier des termes de la décision en litige, que la préfète de l'Ain ne s'est pas uniquement fondée sur ce motif pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé, mais sur les circonstances qu'il s'est maintenu en France, en dépit des deux mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, les 18 juin 2018 et 18 août 2023, qu'il n'a pas démontré l'existence d'une vie commune ancienne et stable avec sa compagne et leurs deux enfants et qu'il n'établit pas que le couple serait dans l'impossibilité de s'établir dans le pays dont ils ont tous les deux la nationalité. Ainsi, il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que les autres motifs tirés des conditions de séjour en France, ainsi que de la faible ancienneté et stabilité de la vie commune de l'intéressé avec sa compagne et leurs deux enfants et de la possibilité pour le couple de s'établir dans le pays dont ils ont la même nationalité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Selon l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit à un regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. M. A fait valoir qu'il vit en France depuis cinq ans et que sa concubine avec laquelle, il a eu deux enfants est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale ". Toutefois, les documents qu'il produit et qui concernent principalement des factures relatives à l'accueil de ses enfants dans un établissement de la petite enfance à Bourg-en-Bresse, ainsi que la location d'un logement dans cette même commune dont le contrat est au demeurant établi au nom de la compagne de l'intéressé, M. A n'établit pas l'ancienneté et la stabilité de sa vie commune avec sa compagne et leurs deux enfants, alors qu'il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision en litige, qu'il était domicilié dans l'Isère. Enfin, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement, M. A ne fait pas état d'une intégration particulière dans la société française. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier de la durée et des conditions de séjour de M. A en France, le refus de titre de séjour contesté ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts qu'elle poursuit. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
5. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, les moyens tirés de ce que les décisions contestées obligeant l'intéressé à quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi seraient illégales par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peuvent qu'être écartés.
6. En deuxième lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs énoncés au point 4 s'agissant du refus de titre de séjour.
7. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " ()3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt ".
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement, que les décisions en litige n'ont pas nécessairement pour effet de séparer les enfants mineurs de M. A de l'un de leurs parents. Il ne ressort par ailleurs d'aucune pièce du dossier que ces enfants ne pourraient pas poursuivre une scolarité normale hors de France. Dans ces conditions, les décisions en cause ne portent pas atteinte à l'intérêt supérieur des enfants du requérant et ne méconnaissent donc pas les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et l'article 24, paragraphe 3, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 23 janvier 2024, par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1971 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dèche, présidente,
Mme Journoud, conseillère,
Mme Pouyet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.
La présidente-rapporteure,
P. Dèche
L'assesseure la plus ancienne,
L. Journoud
La greffière,
I.Rignol
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
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