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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404464

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404464

mardi 6 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404464
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU Chambre Sociale

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné le recours de Mme C... contestant un indu d'aide personnalisée au logement (2 365,32 €) et de majoration pour la vie autonome (314,31 €), notifié par la CAF du Rhône. Le tribunal a jugé qu'il n'était pas compétent pour statuer sur l'indu de majoration pour la vie autonome, renvoyant ce litige à la juridiction judiciaire en application des articles L. 821-1-2 et L. 821-5 du code de la sécurité sociale. Concernant l'indu d'aide personnalisée au logement, le tribunal a rejeté la requête, considérant que la présence durable du neveu et de sa famille chez Mme C... justifiait l'intégration de leurs ressources dans le calcul des droits, conformément au code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2024, Mme C... demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 19 mars 2024 par laquelle la caisse d’allocations familiales du Rhône a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision lui notifiant un indu d’aide personnalisée au logement d’un montant de 2 365,32 euros pour la période de mars 2021 à février 2022 et un indu de la majoration pour la vie autonome d’un montant de 314,31 euros pour la période du 1er avril 2021 au 30 juin 2021 ;

2°) d’enjoindre à la caisse d’allocations familiales du Rhône la restitution des prestations sociales éventuellement retenues en remboursement des indus.

Elle soutient que les indus ne sont pas fondés dès lors que son neveu et sa compagne bénéficient chez elle d’une domiciliation postale à titre gratuit, que lors du contrôle de la caisse d’allocations familiales le couple était présent pour les fêtes de Noël et qu’il est vérifiable que sur la période de l’indu il ne résidait pas à Décines.


Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2025, la Caisse d'allocations familiales du Rhône conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête de Mme C....

Elle soutient que :
- une remise de dette de 591,33 euros a été accordée à la requérante, ramenant ainsi l’indu à la somme de 1 773,99 euros ;
- il est établi que le neveu de Mme C... ainsi que sa compagne et leurs enfants résidaient depuis plus de deux ans chez la requérante, sans justifier d’un autre domicile ;
- dès lors qu’ils appartenaient au foyer, leurs ressources devaient être intégrées au calcul du droit à l’aide personnalisée au logement de Mme C... ;
- la juridiction judiciaire est compétente pour statuer sur l’indu de majoration de vie autonome.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné M. Segado en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Segado vice-président du tribunal, magistrat désigné ;
- les observations de Mme C..., requérante, et de son neveu M. B....

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

A la suite d’un contrôle diligenté au domicile de Mme C..., la caisse d’allocations familiales du Rhône lui a notifié, par courrier du 20 mars 2023, pour la période du 1er mars 2021 au 28 février 2022, un indu d’aide personnalisée au logement d’un montant de 2 365,32 euros et un indu de la majoration pour la vie autonome d’un montant de 314,31 euros. Mme C... a formé un recours administratif préalable en date du 29 mars 2023 auprès de la caisse d'allocations familiales du Rhône. D’une part, par une première décision en date du 14 mars 2024 notifiée le 19 mars suivant, la caisse d'allocations familiales du Rhône a rejeté sa réclamation formée contre l’indu de la majoration pour la vie autonome. D’autre part, si la caisse d'allocations familiales du Rhône a accordé à la requérante, par un courrier du 19 mars 2024, une remise partielle de sa dette d’aide personnalisée au logement, à hauteur de 591,33 euros, il résulte toutefois des termes de la réclamation adressée par Mme C... que sa demande tendait à contester le bien-fondé de l’indu et une décision implicite de rejet de cette réclamation est née le 29 mai 2023. Mme C... doit être regardée comme demandant l’annulation, d’une part, de la décision en date du 14 mars 2024 notifiée le 19 mars suivant, par laquelle la caisse d'allocations familiales du Rhône a rejeté sa réclamation formée contre l’ indu de la majoration pour la vie autonome en litige, et d’autre part de la décision implicite née le 29 mai 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Rhône a rejeté son recours administratif préalable formé contre l’indu d’aide personnalisée au logement.

Sur l’indu de la majoration pour la vie autonome

Aux termes de l'article L. 821-1-2 du code de la sécurité sociale : « Une majoration pour la vie autonome dont le montant est fixé par décret est versée aux bénéficiaires de l'allocation aux adultes handicapés au titre de l'article L. 821-1 qui : / - disposent d'un logement indépendant pour lequel ils reçoivent une aide personnelle au logement ; / - perçoivent l'allocation aux adultes handicapés à taux plein ou en complément d'un avantage de vieillesse ou d'invalidité ou d'une rente d'accident du travail ; / - ne perçoivent pas de revenu d'activité à caractère professionnel propre. / (…) / Les dispositions de l'article L. 821-5 sont applicables à la majoration pour la vie autonome ». Aux termes du cinquième alinéa de l’article L. 821-5 du même code : « Les différends auxquels peut donner lieu l'application du présent titre et qui ne relèvent pas d'un autre contentieux sont réglés suivant les dispositions régissant le contentieux général de la sécurité sociale ».

Mme C... doit être regardée comme demandant au tribunal administratif d’annuler la décision par laquelle la caisse d’allocations familiales du Rhône a rejeté sa réclamation formée contre une décision lui notifiant un indu de la majoration pour la vie autonome d’un montant de 314,31 euros, qui a fait l’objet, selon les écritures en défense de la caisse, d’une remise de dette à hauteur de 78,58 euros. Il résulte des dispositions citées ci-dessus qu’il appartient à la juridiction judiciaire – et en son sein, en premier ressort, au tribunal de grande instance spécialement désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire – de connaître d’un tel recours. Par suite, les conclusions de la requérante relative à la majoration pour la vie autonome se rapportent à un litige qui ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative. Elles ne peuvent, dès lors, qu’être rejetées.

Sur le bien-fondé de l’indu d’aide personnalisée au logement :

Aux termes de l’article L. 821-1 du code de la construction et de l’habitation : « Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale ». Aux termes de l’article L. 822-2 du même code : « II.- Parmi les personnes mentionnées au I, peuvent bénéficier d’une aide personnelle au logement celles remplissant les conditions prévues par le présent livre pour son attribution qui sont locataires (…) d’un local à usage exclusif d’habitation et constituant leur résidence principale ». En vertu de l’article R. 822-2 du code : « Est considéré comme résidence principale, pour l’application du premier alinéa du II de l’article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l’aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l’article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure ».

Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d’un indu d’aide personnalisée au logement, il entre dans l’office du juge d’apprécier, au regard de l’argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin des moyens d’ordre public, en tenant compte de l’ensemble des circonstances de fait qui résultent de l’instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération de l’indu. Il lui appartient, s’il y a lieu, d’annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qu’il lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l’exercice de son office, de régler le litige.

Aux termes de l’article R. 822-2 du code de la construction et de l’habitation : « Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer (…). ». Aux termes de l’article R. 822-4 du même code : « I.-Les ressources prises en compte s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, des revenus taxés à un taux proportionnel ou soumis à un prélèvement libératoire de l'impôt sur le revenu ainsi que des revenus perçus hors de France ou versés par une organisation internationale. ».

A la suite d’un contrôle réalisé par la caisse d’allocations familiales au domicile de la requérante, il est apparu que son neveu, sa conjointe et leurs deux enfants y résidaient à titre onéreux. La caisse a alors pris en compte les ressources de l’allocataire et du couple pour le calcul de l’aide personnalisée au logement en application des dispositions précitées, générant une assiette fiscale dépassant le plafond d’attribution de l’aide et, partant, l’indu litigieux. La caisse produit des pièces, établies par les intéressés, par lesquelles ces derniers ont régulièrement déclaré, sur la période de l’indu litigieux, résider chez Mme C.... Cette dernière se borne alors à soutenir, sans justifier de l’existence d’un autre domicile fixe, que son neveu et sa conjointe bénéficient d’une domiciliation postale à titre gratuit chez elle, que lors du contrôle de la caisse d’allocations familiales ils étaient présents pour les fêtes de Noël et qu’il est vérifiable que sur la période de l’indu ils n’habitaient pas à son domicile à Décines. Toutefois, ni ces allégations, ni la circonstance que le neveu de Mme C... verserait régulièrement de l’argent à sa mère, ni les observations orales présentées par M. B... à l’audience, ni les pièces produites avant la clôture de l’instruction ne suffisent à remettre en cause les éléments exposés par la caisse d’allocations familiales attestant que le neveu de Mme C..., ainsi que sa conjointe et leurs enfants devaient être regardés comme vivant habituellement chez la requérante durant la période litigieuse. Dans ces conditions, Mme C... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision implicite ayant confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire, la récupération de l’indu d’aide personnalisée au logement.

Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C... doit être rejetées, en toutes ses conclusions.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... et à la caisse d'allocations familiales du Rhône.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2026.


Le magistrat désigné,




J. Segado
Le greffier,




Y. Mesnard


La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier,

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