Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404574

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404574
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté les requêtes de M. A, ressortissant guinéen, contestant l'arrêté du 10 avril 2024 de la préfète de l'Ain refusant le renouvellement de son titre de séjour en tant que parent d'enfant français, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, ce dernier bénéficiant d'une délégation de signature régulière. Il a également jugé que le requérant n'établissait pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant français, condition requise par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir le titre sollicité. En conséquence, les décisions attaquées ont été validées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. - Par une requête, enregistrée le 9 mai 2024 sous le n° 2404574 , M. D A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation de signature l'habilitant à le signer ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 13 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 août 2024.

II. - Par une requête, enregistrée le 13 mai 2024 sous le n° 2404601, M. D A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Il soutient que la décision refusant de renouveler son titre de séjour en tant que parent d'enfant français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors qu'il est toujours en couple avec la mère de son enfant et qu'il participe effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 13 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 août 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Roux, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 14 septembre 1993, déclare être entré en France le 14 mai 2017, sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Il a obtenu un premier titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 23 juin 2022 au 22 juin 2023. Le 18 août 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le même fondement. Par l'arrêté attaqué du 10 avril 2024, la préfète de l'Ain a refusé de délivrer à M. A le titre demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays d'origine ou tout pays pour lequel il établit être légalement admissible comme pays de destination.

2. Les requêtes n°s 2404574 et 2404601 de M. A sont dirigées contre le même arrêté préfectoral et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul jugement.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

3. Les décisions attaquées ont été signées, pour la préfète et par délégation, par M. C B, directeur de la citoyenneté et de l'intégration à la préfecture de l'Ain. Par un arrêté du 11 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 01-2023-267, et accessible tant au juge qu'aux parties, la préfète de l'Ain a donné délégation à M. C B pour signer, notamment, les décisions concernant l'admission au séjour et les mesures d'éloignement des étrangers, ainsi que les décisions dont elles peuvent être assorties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. Dans sa requête n° 2404601, M. A soutient être toujours en couple avec la mère de son enfant de nationalité française et avoir décidé conjointement d'envoyer vivre leur enfant chez sa grand-mère maternelle à Nîmes, pour des motifs financiers. Il précise continuer à participer à l'entretien et à l'éducation de son enfant, en versant régulièrement de l'argent pour subvenir à ses besoins, et lui avoir rendu visite à Nîmes à plusieurs reprises. Toutefois, en se bornant à produire un justificatif d'achat de chaussures pour enfant à Nîmes le 9 février 2024, M. A ne justifie pas suffisamment de ces allégations, alors qu'il ressort par ailleurs des termes mêmes de sa requête n° 2404574 qu'il a déclaré être séparé de la mère de son enfant, laquelle aurait envoyé leur fils vivre chez sa grand-mère, contre son consentement. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain aurait entaché sa décision de refus de renouvellement de titre de séjour d'une erreur de fait concernant sa séparation avec la mère de son enfant, ni d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Dans sa requête n° 2404574, M. A, qui établit s'être pacsé avec une ressortissante française le 14 mars 2019, avec laquelle il a eu un enfant, né en France le 1er janvier 2020, soutient avoir résidé plusieurs années avec ces deux membres de sa famille sur le territoire français, avant de se séparer de fait de la mère de son enfant. Il ressort également des propres écritures du requérant que, contre sa volonté, son fils réside à Nîmes, chez sa grand-mère maternelle, depuis la rentrée scolaire 2023. Si M. A soutient continuer à entretenir des relations avec son enfant malgré l'éloignement, et s'être notamment rendu à Nîmes pour le voir en octobre 2023 et en janvier 2024, la seule production d'attestations de proches du requérant, d'un reçu de paiement de cantine scolaire sans identification du débiteur, ainsi que de quatre tickets de caisse des mois de juin et juillet 2022 et de janvier 2023 et d'un justificatif d'achat d'un vêtement pour enfant en avril 2022, ne saurait suffire à attester de sa participation effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant. En outre, les seules circonstances qu'il ait participé à la formation civique de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et qu'il soutienne avoir arrêté de travailler à la naissance de son enfant, afin de le garder à domicile, ne permettent pas de justifier de son insertion particulière au sein de la société française, et les deux attestations d'amis qu'il produit, ne permettent pas non plus d'établir l'intensité du réseau social et amical dont il se prévaut sur le territoire français. Enfin, par les seules pièces qu'il produit, il ne justifie pas de l'ancienneté, ni de la stabilité de sa résidence sur le territoire français, et il ressort des pièces du dossier qu'il entretient encore des liens forts avec son père, résidant en Guinée, chez qui il a laissé son fils quelques mois en 2023. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, au regard des motifs du refus opposé. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". En l'espèce, M. A se prévaut des risques qu'il encourrait d'un point de vue familial en cas de retour dans son pays d'origine, en raison de l'éloignement géographique que cela impliquerait avec son fils, et dès lors qu'il a quitté son pays d'origine depuis plus de six ans et que ses chances d'y trouver un emploi pour subvenir à ses besoins sont extrêmement réduites. Toutefois, ces seules considérations ne sont pas qualifiables de traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant notamment la Guinée comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office méconnaîtrait les stipulations de cet article.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions de la préfète de l'Ain du 10 avril 2024 présentées par M. A dans ses requêtes n° 2404574 et n° 2404601, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2404574 et 2404601 de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente ;

Mme Jorda, conseillère ;

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

J. Le Roux

La présidente,

A-S. Bour

La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2 - 2404601