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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404767

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404767

vendredi 18 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404767
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, saisi d'un recours pour excès de pouvoir par Mme B, ressortissante arménienne, contre le refus de la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour, annule ces décisions. Le tribunal retient un vice de procédure, la préfète ayant omis de saisir la commission du titre de séjour alors que Mme B justifiait d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans, en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 mai 2024, 15 juillet 2024 et 19 juin 2025, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme A B, représentée par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 octobre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, la décision du 27 février 2024 ayant le même objet, ainsi que la décision par laquelle la préfète a implicitement rejeté son recours gracieux du 2 janvier 2024 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, en la munissant d'une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une personne qui n'était pas compétente pour ce faire ;

- la décision du 27 février 2024 est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen de sa situation ;

- les décisions querellées auraient dû être précédées de la saisine de la commission du titre de séjour puisqu'elle justifie de plus de dix années de présence en France ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles violent l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 juin 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 20 juin 2025.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chapard,

- et les observations de Me Leroy, pour Mme B, requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante arménienne née le 11 mai 1967, est entrée en France le 3 mai 2010 selon ses déclarations. Par des décisions du 3 octobre 2023 et du 27 février 2024, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Mme B demande l'annulation de ces décisions et de celle rejetant implicitement son recours gracieux du 2 janvier 2024.

2. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. " Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. "

3. Mme B, qui soutient qu'elle résidait sur le territoire national depuis plus de dix ans à la date des décisions attaquées, produit de nombreuses pièces pour en justifier, notamment des attestations d'hébergement dans des dispositifs d'accueil temporaire, des attestations de prise en charge par des associations, des bulletins de salaire pour des prestations effectuées chez des particuliers employeurs qui l'ont rémunérée en chèques emploi-service universels, des récépissés de demandes de titre de séjour, des attestations d'inscription à des cours de français et ateliers d'alphabétisation, des attestations de droit à la couverture complémentaire santé solidaire émises par la caisse primaire d'assurance maladie, une attestation de souscription d'un contrat de fourniture d'électricité et des avis d'impôt sur les revenus. Les pièces versées au débat, prises dans leur ensemble et dont l'authenticité n'est pas sérieusement contestée en défense par la préfète du Rhône, sont suffisamment probantes, nombreuses et variées pour établir la réalité de la résidence habituelle en France de Mme B depuis plus de dix ans à la date des refus de titre de séjour contestés. Par suite, en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Rhône, qui a privé la requérante d'une garantie, a entaché sa décision d'un vice de procédure.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation des décisions des 3 octobre 2023 et 27 février 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, doit aussi être annulée la décision par laquelle la préfète a implicitement rejeté son recours gracieux du 2 janvier 2024.

5. Le présent jugement, qui accueille les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu et après examen de l'ensemble des autres moyens de la requête, que la préfète du Rhône procède au réexamen de sa demande. Il y a donc lieu, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de procéder à cette mesure d'exécution, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de munir l'intéressée d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de cette même date.

6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que la SCP Couderc-Zouine, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à cette SCP de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 3 octobre 2023 et 27 février 2024 de la préfète du Rhône et la décision par laquelle la préfète a implicitement rejeté le recours gracieux du 2 janvier 2024 de la requérante sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de réexaminer la demande de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même date.

Article 3 : L'Etat versera à la SCP Couderc-Zouine une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette SCP renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée à la SCP Couderc-Zouine.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Jean-Pascal Chenevey, président,

- Mme Marine Flechet, première conseillère,

- Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2025.

La rapporteure,

M. Chapard

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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