Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404798

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 8ème chambre
Avocat requérantZOCCALI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, qui contestait un arrêté du 7 mai 2024 de la préfète du Rhône l'obligeant à quitter le territoire français. Le requérant soutenait être mineur et donc protégé par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui interdit l'éloignement des mineurs. Le tribunal a estimé que M. A n'apportait pas la preuve de sa minorité, les actes d'état civil produits étant considérés comme faux et l'expertise médicale indiquant un âge biologique majeur. Par conséquent, la mesure d'éloignement a été jugée légale, sans méconnaissance de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2024, M. B A, représenté par Me Zoccali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 300 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- étant mineur, il ne peut être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La préfète du Rhône a produit des pièces enregistrées le 1er octobre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Dèche, présidente de la huitième chambre, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dèche, magistrate désignée,

- et les observations de M. A.

La préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien déclare être entré en France en décembre 2022, et s'est maintenu sur le territoire français irrégulièrement. Par des décisions du 7 mai 2024, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de ces décisions.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté en litige : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. ". Par ailleurs, l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur, prévoit, en son premier alinéa, que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. L'article 47 du code civil dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

4. M. A, originaire de Côte d'Ivoire, est entré en France dans le courant du mois de décembre 2022. Se déclarant mineur, il a été pris en charge par la Mission d'évaluation et d'orientation des mineurs isolés étrangers de Lyon (MEOMIE), le juge judiciaire a émis un doute quant à sa minorité et a demandé une authentification de ses actes d'état civil par les services de la fraude documentaire de la police aux frontières. L'autorité administrative ayant conclu à des actes d'état civil faux et à une discordance entre l'âge déclaré et l'âge biologique, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de départ volontaire de trente jours en fixant le pays de renvoi.

5. Pour soutenir qu'il est mineur et ne peut donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement, M. A allègue qu'il était âgé de 16 ans lorsqu'il est entré en France et qu'il bénéficie, en conséquence, d'une présomption de minorité qui n'est pas renversée par les pièces utilisées par la préfète du Rhône pour édicter sa décision, telles que l'expertise médicale osseuse. Toutefois, s'il se prévaut d'actes d'état civil qu'il ne produit pas à l'instance et conteste le rapport médical d'expertise osseuse réalisé, il ne produit aucune pièce au dossier de nature à remettre en cause les éléments sur lesquels s'est fondée la préfète du Rhône pour édicter la décision attaquée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que préfète du Rhône aurait méconnu les dispositions de de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En second lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

7. Si le requérant soutient qu'il était mineur lors de son entrée sur le territoire français, il ne le prouve pas ainsi qu'il a été exposé au point 5. Dès lors, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance d 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le moyen doit, par suite, être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il s'ensuit que celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La magistrate désignée,

P. Dèche

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,