Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404953

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme D, ressortissante vénézuélienne, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de renvoi. La requérante invoquait notamment la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) relatif à l'état de santé, ainsi que des atteintes à sa vie privée et familiale. Le tribunal a estimé que les décisions étaient suffisamment motivées et que l'avis du collège de médecins de l'OFII était régulier, concluant que l'état de santé de Mme D ne justifiait pas la délivrance d'un titre de séjour. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, fondé sur les dispositions des articles L. 425-9 et L. 423-23 du CESEDA, ainsi que sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 mai 2024 et le 28 août 2024, Mme C D, représentée par Me Robin (SCP Robin Vernet), demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 avril 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être renvoyée d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait.

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure du fait de l'irrégularité de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations mais a produit des pièces, enregistrées le 26 juillet 2024.

La requête a été communiquée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui n'a pas produit d'observations mais a produit des pièces, enregistrées le 8 août 2024.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leravat,

- et les observations de Me Lulé, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante vénézuélienne née le 17 mars 1950, entrée régulièrement en France le 25 janvier 2023, demande l'annulation des décisions du 24 avril 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 425-11 du code précité : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Par un avis du 11 décembre 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'intégration et l'immigration a considéré que si l'état de santé de Mme D nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Pour soutenir que la décision attaquée portant refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, la requérante fait notamment valoir que si cet avis comporte le nom de trois médecins, seuls deux d'entre eux avaient été dûment nommés et identifiés au sein de la liste des médecins désignés pour participer au collège à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

5. La requérante fait valoir, sans être contredite par la préfète du Rhône, ni par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'ont pas produit de mémoire dans le présente instance, que le docteur A B, l'un des médecins signataires, ne figurait alors pas sur la liste des médecins désignés pour participer au collège à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et n'était ainsi pas habilité pour participer au collège de médecins ayant délibéré et rendu l'avis du 11 décembre 2023 sur lequel la préfète du Rhône s'est fondée pour rejeter sa demande de titre de séjour. Ainsi, en l'absence, à la date du 11 décembre 2023, de toute décision portant désignation du docteur A B lui permettant de siéger au sein du collège de médecins, l'avis est entaché d'irrégularité. Par suite, Mme D, qui a été privée d'une garantie, est fondée à soutenir que la décision attaquée portant refus de titre de séjour a été rendue au terme d'une procédure irrégulière.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 24 avril 2024 portant refus de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que la préfète du Rhône procède au réexamen de la demande de Mme D. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de cette demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de délivrer à Mme D une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a, en tout état de cause, pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de la préfète du Rhône du 24 avril 2024 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la demande de Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à la préfète du Rhône et à Me Robin.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

C. LERAVAT

La présidente,

V. VACCARO-PLANCHET

La greffière,

I. RIGNOL

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.