Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404989

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404989
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A, ressortissant nigérian, qui contestait un arrêté du préfet de la Loire du 15 mai 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour d'un an. Le tribunal a d'abord refusé l'aide juridictionnelle provisoire faute d'urgence. Sur le fond, il a écarté les moyens soulevés, notamment les erreurs de droit tirées des articles L. 313-11 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la méconnaissance des articles 8 et 12 de la Convention européenne des droits de l'homme et du droit de l'Union européenne. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mai 2024, M. A, représenté par Me Abena Owono, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2024 par lequel le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou de procéder au réexamen de sa situation dès la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et l'article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques du 19 décembre 1966 ;

- il entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations des articles 8 et 8 A du Traité de Rome tels que modifiés par le Traité de Maastricht, des articles 2 et 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres et de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le pacte international relatif aux droits civils et politiques signé le 16 décembre 1966 ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme de Tonnac, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant nigérian né le 10 novembre 1987, est entré en France en 2022, selon ses déclarations. Le 15 mai 2024, il a été placé en garde à vue pour des faits de violences conjugales. Par un arrêté du même jour, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Selon les termes de l'article 36 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " À l'exception des situations dans lesquelles un avocat est désigné ou commis d'office, l'aide juridictionnelle ou l'aide à l'intervention de l'avocat est demandée avant la fin de l'instance ou de la procédure concernée, sans préjudice de l'application des articles L. 512 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée ". Enfin, aux termes de l'article 61 du même décret : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En l'absence d'une situation d'urgence, et alors qu'aucune demande d'aide juridictionnelle, sur laquelle il n'aurait pas été statué, n'a été déposée, les conclusions de M. A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions étaient reprises par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

5. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, il ne peut légalement faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait le père d'un enfant de nationalité française, à l'entretien et à l'éducation duquel il participerait effectivement, ni être marié à une ressortissante française. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il pourrait prétendre à l'attribution de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des articles L.423-7 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et aux termes de son article 12 : " À partir de l'âge nubile, l'homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l'exercice de ce droit ". L'article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques du 19 décembre 1966 reconnaît " Le droit de se marier et de fonder une famille () à l'homme et à la femme à partir de l'âge nubile ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A fait l'objet, en application d'une ordonnance du 16 mai 2024 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Saint-Étienne, d'une interdiction d'entrer en relation sous quelque façon que ce soit avec son épouse et de paraître à son domicile ou aux abords immédiats de celui-ci jusqu'au 13 novembre 2024. Il n'est par ailleurs pas démontré que M. A aurait établi en France des liens d'une intensité et d'une stabilité telles que l'arrêté contesté porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent donc être écartés.

8. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté, qui mentionne notamment le rejet de la demande d'asile de M. A par un arrêté du 13 septembre 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône, les précédentes obligations de quitter le territoire français dont il a fait l'objet et son placement en garde à vue le 15 mai 2024 pour des faits de " violences intra-familiales " que le préfet de la Loire a procédé à un examen complet de la situation du requérant. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen préalable et sérieux de la situation du requérant doit être écarté.

9. Enfin, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 et 8 A du Traité de Rome tels que modifiés par le Traité de Maastricht, repris aux articles 20 et 21 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, des articles 2 et 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres et de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, ne sont, en tout état de cause, pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La rapporteure,

A. de Tonnac

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,