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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405420

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405420

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 7ème chambre
Avocat requérantLOUAFI RYNDINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 juin et le 9 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Louafi Ryndina, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024, notifié le 22 mai 2024, par lequel le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a abrogé son attestation de demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ne sont pas motivées ;

- elle ne procèdent pas à un examen complet de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision abrogeant l'attestation de demandeur d'asile :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, magistrate désignée,

- les observations de M. A B, assisté de Mme C, interprète en langue russe.

Le préfet de la Loire n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant russe né le 22 février 1975, est entré en France irrégulièrement le 15 juillet 2022. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 14 septembre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 18 mars 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. Il demande l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2024, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée au séjour des étrangers et du droit d'asile, par lequel le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a abrogé son attestation de demandeur[0] d'asile.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2024. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. Les décisions attaquées comportent la mention des éléments de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de ces décisions ni des autres pièces du dossier qu'elles auraient été prises sans un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel le requérant pourra être éloigné d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. La seule circonstance que le fils du requérant a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire en France ne suffit pas pour établir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant, qui n'établit en outre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention précitée doit être écarté. Pour les mêmes motifs la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si le requérant fait valoir qu'il encourt des risques de traitement inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine du fait d'un conflit qui l'oppose à un homme politique tchétchène et de la possibilité d'une mobilisation dans le cadre du conflit armé russo-ukrainien, d'une part, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, il ne produit aucun élément probant établissant le caractère réel, actuel et personnel à l'appui de ses allégations, et d'autre part le préfet de la Loire indique sans être contredit qu'il n'a jamais effectué son service militaire et n'établit pas avoir une spécialisation qui justifierait son enrôlement forcé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision abrogeant l'attestation de demandeur d'asile :

9. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision abrogeant son attestation de demande d'asile serait illégale du fait de l'illégalité de cette décision.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais du litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle .

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Louafi Ryndina et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La magistrate désignée,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne au Préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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