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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405799

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405799

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juin 2024, M. A B, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- en refusant de lui délivrer un titre de séjour en application de l'article 3 de l'accord franco-marocain alors qu'il justifie de l'obtention d'une autorisation de travail et de la détention d'un visa de long séjour, le préfet a méconnu les stipulations de cet article ;

- le préfet a, à tout le moins, entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences du refus de titre de séjour sur sa situation personnelle ;

- compte tenu de ce qui a été dit précédemment, il est fondé à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français en litige ;

- à tout le moins, le préfet a entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette obligation sur sa situation personnelle ;

- pour les raisons exposées ci-dessus, il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français qui lui ont été opposées à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire ;

- pour les raisons exposées ci-dessus, il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français qui lui ont été opposées à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Chenevey, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 18 janvier 1980, est arrivé sur le territoire français le 11 août 2021 sous couvert d'un visa de long séjour. Par un arrêté du 23 avril 2024 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, lequel disposait d'une délégation de compétence résultant d'un arrêté du 13 juillet 2023, régulièrement publié le 24 juillet 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France pour une durée d'un an au minimum () reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an, renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. / () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. " Enfin, l'article R. 431-8 dudit code dispose que : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. / () ".

4. D'une part, en vertu de ces dispositions, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois. Il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Lorsqu'un étranger présente, après l'expiration du délai de six mois prévu par l'article R. 431-8 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une nouvelle demande de titre de séjour, cette demande de titre doit être regardée comme une première demande à laquelle la condition de la détention d'un visa de long séjour peut être opposée.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est entré en France en 2021 sous couvert d'un visa de long séjour, a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier, valable du 11 juin 2021 au 10 juillet 2022. Il n'a toutefois pas demandé le renouvellement de ce titre dans le délai requis pour ce faire, mais a présenté le 29 février 2024, soit après l'expiration du délai de six mois prévu par les dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une demande de titre de séjour portant la mention " salarié ", sur le fondement de l'article 3 précité de l'accord franco-marocain. Dans ces conditions, l'intéressé, qui ne pouvait plus se prévaloir du visa de long séjour qui lui a permis d'entrer en France en 2021, doit être regardé comme ayant présenté, le 29 février 2024, une première demande de titre de séjour, à laquelle le préfet de la Loire pouvait légalement opposer l'absence de visa de long séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. D'autre part, la circonstance que le requérant a obtenu une autorisation de travail est sans incidence sur la légalité du refus de titre de séjour contesté, le préfet de la Loire ne s'étant pas fondé sur l'absence d'une telle autorisation pour rejeter la demande.

7. En troisième lieu, M. B était présent sur le territoire français depuis moins de trois ans à la date de l'arrêté litigieux. Il ne conteste pas la mention de cet arrêté selon laquelle il n'établit pas que sa femme et ses trois enfants vivent en France. Dans ces conditions, même s'il a obtenu une autorisation de travail le 13 février 2023, le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français qui ont été opposés ne procèdent pas d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle du requérant.

8. En quatrième lieu, M. B ne démontre pas que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'illégalité. En conséquence, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, qu'il soulève à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée, doit être écarté.

9. En dernier lieu, l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français en litige n'étant pas démontrée, le requérant n'est pas fondé à invoquer le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions pour contester les décisions fixant le délai de départ volontaire à trente jours et le pays de renvoi.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'illégalité et doit être annulé.

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution au titre des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Il y a lieu, en conséquence, de rejeter les conclusions présentées à cette fin par le requérant.

12. L'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Chenevey, président rapporteur,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le président-rapporteur, L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

J.-P. Chenevey M. C

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Le greffier,

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