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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405873

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405873

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantGUERAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2024, M. B A, représenté par Me Guerault, demande au tribunal :

1°) l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et à titre subsidiaire de suspendre ce même arrêté jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce que la cour nationale du droit d'asile ait statué sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 300 euros au titre des dispositions combinées l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il a formé un pourvoi contre la décision de la cour nationale du droit d'asile du 21 novembre 2023 devant le Conseil d'État et le recours étant pendant, la préfète ne pouvait se fonder sur l'article L. 611-1 4° pour prononcer la mesure d'éloignement ; la décision de renvoi méconnaît les articles 18 et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 33 de la convention de Genève ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ; elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la conditions d'une suspension des décisions sur le fondement des articles L. 752-5 et L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte-tenu des risques encourus en Turquie, sont réunies.

La préfète du Rhône a produit des pièces le 25 juillet 2024 qui ont été communiquées.

La présidente du tribunal a désigné M. Clément pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention de Genève ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément, magistrat désigné,

- et les observations pour M. A qui maintient ses moyens et conclusions.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc, est entré en France en 2022. Par un arrêté du 30 mai 2024, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. B A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 28 juin 2024. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4°) La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

4. Une décision de la Cour nationale du droit d'asile, statuant en dernier ressort sur les recours contre les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relatives à la reconnaissance de la qualité de réfugié ou au bénéfice de la protection subsidiaire, présente un caractère définitif alors même qu'elle a fait ou peut faire l'objet d'un pourvoi en cassation. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire en litige a méconnu les dispositions du 4° de l'article L. 611-1, au motif qu'elle a été prise alors que M. A conservait la possibilité de se pourvoir en cassation devant le Conseil d'Etat contre la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 novembre 2023, ainsi que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 18 et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 33 de la convention de Genève doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

5. En premier lieu, il ressort des termes de la décision contestée qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. La motivation de la décision qui se fonde sur le rejet de la demande de protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, sans reprendre les éléments de faits relatifs à ces décisions, a néanmoins permis au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit ainsi être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

7. M. A fait valoir qu'il est d'ethnie kurde et persécuté pour ses opinions politiques et celles de sa famille et se réfère à l'entretien mené devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Toutefois, les pièces versées au dossier ne permettent pas d'établir qu'il encourrait un risque réel et actuel de mauvais traitement à son encontre en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur l'ensemble des décisions :

8. Alors que le requérant se prévaut des risques encourus dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de la préfète doit être écarté pour les motifs retenus au point 7 du jugement.

Sur la demande de suspension :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 752-11 de ce code dispose : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

10. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'étranger, faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui forme un recours contentieux contre celle-ci peut, en application de l'article L. 752-5 précité, saisir le tribunal administratif de conclusions aux fins de suspension de cette mesure d'éloignement. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.

11. Si le requérant se prévaut d'un recours contre l'ordonnance par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a jugé irrecevable sa demande de réexamen de sa demande d'asile du 20 février 2024, les pièces produites à l'instance ne permettent pas d'établir un doute sérieux sur la légalité de la décision opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, ses conclusions tendant à la suspension de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 30 mai 2024 de la préfète du Rhône est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation ou la suspension. Par suite les conclusions de la requête doivent être rejetées y compris celles présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B A relatives au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

M. ClémentLe greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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