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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405892

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405892

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2024, M. C B, représenté par Me Saïdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 14 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le Tchad comme pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions en litige ;

- les décisions en litige méconnaissent l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portent une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résultent d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée entache d'illégalité la décision fixant son pays de renvoi.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui a produit une pièce enregistrée le 5 septembre 2024.

Vu les pièces produites par la préfète du Rhône, enregistrées le 20 septembre 2024 après la clôture de l'instruction.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Reniez a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant tchadien né en 1995, M. B est entré en France en 2019 avec un visa de long séjour afin d'y poursuivre ses études supérieures et s'est vu délivrer des titres de séjour successifs en qualité d'étudiant jusqu'au 31 octobre 2023. Il conteste les décisions du 14 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les décisions du 14 mai 2024 ont été signées par Mme A, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation que la préfète du Rhône lui a donnée par un arrêté du 2 mai 2024 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ".

4. Pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour formée par M. B en vue de la poursuite de ses études, la préfète du Rhône s'est fondée, comme il lui appartenait de le faire, sur l'absence de résultats probants et de progression de l'intéressé dans son cursus universitaire.

5. A l'appui de sa contestation, M. B fait valoir le sérieux de son projet de formation et son inscription au titre de l'année 2023-2024 en 1ère année d'études menant au Bachelor universitaire de technologie de chimie à l'université de Lyon 1 ainsi qu'en troisième année d'un Bachelor européen proposé par un établissement d'enseignement à distance. Toutefois, il est constant que M. B, entré en France en étant titulaire d'une licence professionnelle en génie mécanique délivrée par l'université de Mongo (Tchad), s'est inscrit à deux reprises au titre des années universitaires 2019-2020 et 2020-2021 en troisième année de licence de mécanique à l'université de Caen Normandie, qu'il n'a pas validée, puis s'est de nouveau inscrit à deux reprises au titre des années universitaires 2021-2022 et 2022-2023 en troisième année de licence de sciences de l'ingénieur à l'université de Clermont Auvergne, qu'il n'a pas davantage validée. Dans ces conditions et alors que le requérant ne fait pas état d'attaches particulières en France, le moyen selon lequel le refus critiqué résulterait d'une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen tiré de l'erreur manifeste dont résulterait la décision en litige au regard de la situation personnelle de M. B doivent être écartés.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Eu égard aux motifs de la décision en litige et à l'objet du titre de séjour qu'il a sollicité en qualité d'étudiant, M. B ne saurait utilement se prévaloir de l'atteinte excessive que le refus critiqué porterait selon lui à sa vie privée et familiale en violation de ces stipulations.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

7. Si M. B se prévaut de ce que les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvrent droit à un titre de séjour, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le moyen ainsi soulevé doit être écarté.

8. Pour soutenir que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale, M. B fait valoir l'ancienneté de sa présence en France, où il dit que se trouve également son frère qui a la nationalité française. Toutefois, le requérant, qui est célibataire et n'a été admis à séjourner en France qu'en vue de la poursuite de ses études, n'y justifie pas d'attaches particulières et ne conteste pas les attaches que la décision en litige lui prête dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Les circonstances dont le requérant fait état ne permettent pas davantage de considérer que la préfète du Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir par la voie de l'exception que l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision fixant le pays vers lequel il pourrait être reconduit d'office.

10. Si M. B soutient que la décision en litige porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation, ces moyens doivent être écartés pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle du requérant exposés au point 8.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B dirigées contre les décisions de la préfète du Rhône du 14 mai 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur l'aide juridictionnelle et les frais liés au litige :

13. Le bureau d'aide juridictionnelle n'ayant pas statué sur la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B, il y a lieu en l'espèce d'admettre celui-ci au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,Le président,

E. ReniezA. Gille

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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