Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406226
lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406226 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 3ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juin 2024, Mme B C, représentée par Me Fréry, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ardèche lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français jusqu'à que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours.
Elle soutient que :
- les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation de son pays de renvoi sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation et d'un défaut de motivation ;
- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la préfète s'est estimée à tort en situation de compétence liée ;
- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'intérêt supérieur de son fils mineur protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'illégalité de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision portant fixation du pays de destination prise sur son fondement ;
- les éléments avancés à l'appui de sa requête justifient que l'exécution de la mesure d'éloignement en litige soit suspendue dans l'attente d'une décision de la Cour nationale du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, la préfète de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 juillet 2024.
La présidente du tribunal a désigné M. Gille pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Gille a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante arménienne née en 1980 et entrée en France au mois de décembre 2023, Mme C a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 avril 2024. Mme C conteste l'arrêté du 11 juin suivant par lequel la préfète de l'Ardèche lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
3. Traduisant un examen de la situation particulière de la requérante, l'arrêté critiqué fait état de façon circonstanciée des éléments de fait et de droit qui donnent leur fondement aux décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation d'un pays de renvoi qu'il contient, sans que l'absence de mention de la présence en France des deux filles majeures de la requérante n'en affecte en l'espèce la légalité. Par suite, les moyens tirés par Mme C du défaut de motivation de l'arrêté du 11 juin 2024 et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des termes mêmes de la décision en litige qui relève que Mme C ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile et qui fait état de la situation personnelle et familiale de l'intéressée, que la préfète de l'Ardèche ne s'est pas crue tenue de prononcer l'éloignement de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise l'autorité préfectorale en négligeant d'exercer son pouvoir d'appréciation doit être écarté.
5. A l'appui de sa contestation, Mme C fait valoir la présence en France de ses proches, justifiée par les risques encourus par les membres de sa famille en Arménie et dont tant l'OFPRA que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ont été saisis. Toutefois, il est constant que Mme C, dont la demande d'asile a été rejetée, n'est entrée en France qu'au mois de décembre 2023 et que son mari et ses deux filles majeures font également l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, les moyens tirés, d'une part, de l'atteinte excessive que l'éloignement de la requérante porterait à sa vie privée et familiale en violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, de la méconnaissance de l'intérêt supérieur du fils mineur de la requérante protégé par les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Les circonstances dont la requérante fait état ne suffisent pas davantage pour considérer que la décision en litige résulte d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C.
En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :
6. Eu égard à ce qui précède, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire qui lui a été opposée entache d'illégalité la décision prise sur son fondement et fixant son pays de destination.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 11 juin 2024 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin de suspension :
8. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ".
9. Il est constant que la CNDA a rejeté en cours d'instance le recours formé par Mme C contre la décision du directeur général de l'OFPRA rejetant sa demande d'asile. Dans ces conditions, les conclusions de la requête de Mme C tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire français dans l'attente d'une décision de la CNDA ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète de l'Ardèche.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
A. Gille
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
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