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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406790

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406790

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406790
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2024, Mme A C, représentée par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 28 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, à verser à son avocat, la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, sa demande constituant une demande de renouvellement de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par la voie de l'exception, de la décision de refus de titre de séjour ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par la voie de l'exception, de la décision de refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français.

Par décision du 29 août 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme C à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Flechet.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante tunisienne née le 17 juin 1997, est entrée sur le territoire français le 4 juin 2022. Elle a sollicité un titre de séjour portant la mention " étudiant " au cours du deuxième semestre 2022. Par des décisions du 28 mai 2024 dont elle demande l'annulation, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Les décisions critiquées ont été signées par Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 15 mai 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres au refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". En vertu de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Aux termes de l'article L. 412-1 de ce même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire () est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

4. En premier lieu, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète du Rhône a procédé à l'examen de la situation personnelle de Mme C. Si cette dernière soutient que sa demande constitue, non pas une primo-demande, mais une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiante, elle n'en justifie pas par les pièces qu'elle produit, desquelles il ressort qu'après être entrée en France sous couvert d'un visa de court séjour valable du 30 mai au 30 août 2022, elle a obtenu une autorisation provisoire de séjour valable du 1er septembre au 30 novembre 2022, laquelle ne vaut pas titre de séjour. Ainsi, en estimant que la démarche entamée par l'intéressée à compter du 1er décembre 2022 pour obtenir un titre de séjour constitue une première demande de titre de séjour, la préfète n'a commis ni erreur de fait, ni erreur de droit.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C ne disposait pas d'un visa de long séjour lorsqu'elle est entrée sur le territoire français. Comme exposé au point précédent, la requérante n'établit pas que sa demande constituerait une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans ces conditions, en opposant à la requérante l'absence de visa de long séjour, la préfète n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, la requérante n'exposant pas pour quelles raisons la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle, le moyen tiré de ce que la préfète du Rhône a commis une telle erreur en rejetant sa demande ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le refus de titre de séjour n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Mme C, célibataire et sans enfant, est entrée sur le territoire français au cours du mois de juin 2022. Alors qu'elle n'allègue pas même avoir créé des liens en France, il ressort des pièces du dossier, en particulier des termes de la décision attaquée, qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où résident notamment ses parents. La circonstance qu'elle ait, dans le cadre d'un master de management commercial, signé un contrat d'apprentissage après avoir réalisé deux stages professionnels, ne suffit pas à démontrer une insertion particulière sur le territoire français, la qualité d'étudiante ne lui donnant d'ailleurs pas, en principe, vocation à y établir de façon pérenne sa situation personnelle et familiale. Ainsi, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de Mme C en France, l'obligation de quitter le territoire français en litige, qui ne peut être regardée comme ayant porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise, n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision octroyant un délai de départ volontaire de 30 jours :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision octroyant un délai de départ volontaire, doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

12. Si la requérante soutient que la décision fixant le délai de départ volontaire l'empêche d'honorer son contrat d'apprentissage et d'organiser son départ en vue de revenir ensuite sous couvert d'un visa de long séjour pour terminer ses études en France, ces circonstances ne suffisent pas à caractériser une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :

13. Il résulte de ce qui précède que la décision de refus de titre et l'obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ces illégalités et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

15. Les conclusions présentées par le conseil de la requérante, partie perdante, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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