Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407031

mardi 3 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407031
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantVRAY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint à la préfète du Rhône de convoquer M. A, ressortissant nigérian, à un rendez-vous sous quinze jours pour l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. La solution retenue est fondée sur l'urgence constatée, M. A attendant un rendez-vous depuis près de deux ans malgré des relances, et justifiant d'une promesse d'embauche pour subvenir aux besoins de sa famille. Le tribunal a rejeté la demande d'astreinte et celle tendant à enjoindre la délivrance d'un récépissé, cette dernière étant subordonnée au caractère complet du dossier.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Vray, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de le convoquer à un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour, à la première date utile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'enregistrer sa demande et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler après le dépôt de sa demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; il a sollicité un rendez-vous le 31 octobre 2002, il y a plus d'un an et demi, il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement ; son épouse bénéfice d'un titre de séjour pluriannuel et ses enfants sont scolarisés ; il dispose d'une promesse d'embauche et souhaite travailler pour subvenir aux besoins de sa famille ;

- la mesure est utile, afin de lui permettre de régulariser sa situation et avoir une activité professionnelle.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 16 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

3. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

4. Il ressort des pièces du dossier, que M. A, ressortissant nigérian entré enFrance en 2015 vit avec une compatriote titulaire d'un titre de séjour pluriannuel en cours de validité avec laquelle il a eu trois enfants nés en 2017, 2019 et 2021. Il a déposé le 31 octobre 2022 une demande de titre de séjour sur le site " Démarches simplifiées " et reste en attente d'un rendez-vous malgré plusieurs relances. Alors que sa demande date de près de deux années et que l'intéressé, qui justifie d'une promesse d'embauche, fait valoir qu'il souhaite travailler pour subvenir aux besoins de sa famille, M. A justifie ainsi, dans les circonstances d'espèce, d'une situation d'urgence, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.,

5. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de convoquer M. A dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance, afin qu'il puisse faire enregistrer sa demande de titre de séjour. Il n'y a, en revanche, pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant tendant à ce qu'il soit enjoint à l'autorité préfectorale de lui délivrer à cette occasion un récépissé de sa demande de titre de séjour, laquelle est subordonnée au caractère complet de cette demande, ni, dans les circonstances de l'espèce, à celle tendant au prononcé d'une astreinte.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présente M. A au titre de l'application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Rhône de communiquer à M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 3 septembre 2024.

Le juge des référés,

T. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

Un greffier,