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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407289

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407289

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Sous le n° 2407289, par une requête enregistrée le 23 juillet 2024, Mme A C, représentée par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 8 juillet 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a retiré sa propre décision du 18 septembre 2023 lui accordant une carte de séjour temporaire, a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui restituer son titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Loire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant du moyen commun aux décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente.

S'agissant de la décision portant retrait de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation familiale et personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que le préfet de la Loire n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation familiale et personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant du délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

II. Sous le n° 2407290, par une requête enregistrée le 23 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 8 juillet 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a retiré sa propre décision du 18 septembre 2023 lui accordant une carte de séjour temporaire, a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui restituer son titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Loire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du moyen commun aux décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente.

S'agissant de la décision portant retrait de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation familiale et personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que le préfet de la Loire n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation familiale et personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant du délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Vu les décisions attaquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989, signée par la France le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Dèche, présidente et les observations de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants arméniens, nés respectivement en 1980 et 1982, sont entrés en France le 30 mai 2011. Le 22 mars 2022, ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en invoquant leur vie privée et familiale. Le préfet de la Loire leur a, le 18 septembre 2023, délivré, à chacun, un titre de séjour " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par décisions du 8 juillet 2024, le préfet de la Loire a retiré ses propres décisions du 18 septembre 2023 leur accordant des cartes de séjour temporaire, il leur a refusé la délivrance de titres de séjour " vie privée et familiale ", les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. et Mme C demandent au tribunal d'annuler ces décisions.

2. Les requêtes n°s 2407289 et 2407290 concernent la situation des membres d'une même famille, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, ainsi, lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant retrait des titres de séjour " salarié " :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. / La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. () ".

4. Les décisions litigieuses précisent que M. et Mme C ne remplissent plus les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'ils n'ont pas été embauchés au sein des sociétés ayant rédigé leurs promesses d'embauche. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, qu'à la date des décisions attaquées, M. C travaillait en qualité d'agent d'accueil sous couvert d'un contrat à durée déterminée à temps partiel au sein de la société SIM'K et que Mme C travaillait en qualité d'employée commerciale sous couvert d'un contrat à durée indéterminée à temps plein au sein du groupe Casino. Les époux répondent ainsi à la condition d'occupation d'un emploi prévue par les dispositions précitées. Par suite, le préfet ne pouvait se fonder sur l'occupation d'un emploi différent de celui présenté par une promesse d'embauche lors du dépôt des demandes de titre de séjour, sans entacher sa décision d'illégalité.

5. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit rapporter la preuve de la fraude, et non le requérant, dont la bonne foi se présume.

6. Pour retirer la carte de séjour temporaire accordée à chacun des époux C le 18 septembre 2023, au motif qu'elle aurait été obtenue par fraude, le préfet de la Loire se fonde sur le caractère insincère des promesses d'embauche produites lors de la demande de titre de séjour. Il se fonde d'une part, sur un formalisme et des caractéristiques d'embauche identiques pour les promesses d'embauche des deux époux, établies à la même date par deux sociétés différentes. D'autre part, il se fonde sur l'absence de justifications permettant d'expliquer les raisons pour lesquelles les époux n'ont finalement pas été embauchés dans les sociétés leur ayant promis un emploi. Toutefois, dans le cadre de la procédure contradictoire précédant la décision de retrait d'un titre de séjour, les époux et le gérant de la société Tadesvosyan reconnaissent que le formalisme et les conditions d'embauche des promesses étaient identiques car, ce dernier ne sachant pas écrire le français, il ne voulait pas faire d'erreur et a recopié la promesse qui avait été faite à M. C, pour rédiger celle de Mme C. D'autre part, les époux établissent avoir été embauchés dans d'autres sociétés que celles qui avaient rédigé les promesses d'embauche en raison de la tardiveté de la délivrance de leur récépissé, le 23 octobre 2023. Dans ces conditions, l'existence d'une fraude n'est pas établie, et M. et Mme C sont fondés à soutenir que la décision de retrait de carte de séjour temporaire méconnait les dispositions de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. et Mme C sont fondés à demander l'annulation des décisions du 8 juillet 2024, retirant les décisions du 18 septembre 2023 leur octroyant un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, celles par lesquelles le préfet de la Loire les a obligés à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi.

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :

8. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C sont entrés en France le 30 mai 2011 munis d'un passeport, accompagnés de l'aînée de leurs enfants, alors âgée de quatre ans, qu'ils justifient de treize ans de résidence continue et habituelle sur le territoire français et que leurs deux derniers enfants sont nés sur le territoire français. Il est établi que l'aînée, qui est scolarisée pour la treizième année consécutive et jeune majeure, a déposé une demande de titre de séjour et que leurs deux plus jeunes enfants justifient respectivement de neuf et deux ans de scolarité en France. Par ailleurs, les époux produisent plusieurs attestations de bénévolat entre 2016 et 2021, des attestations établissant leur bonne intégration dans la société française, et justifient de plusieurs mois de travail en situation régulière après la délivrance d'un titre de séjour " salarié " le 18 septembre 2023. Dans ces conditions, les intéressés justifient avoir fixé le centre de leurs intérêts personnels et familiaux en France. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. et Mme C sont fondés à demander l'annulation des décisions du 8 juillet 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de leur délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. Eu égard aux motifs d'annulation retenu et compte tenu de l'expiration des titres de séjour " salarié " des intéressés, l'exécution du présent jugement implique seulement la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ", à chacun des intéressés dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 8 juillet 2024 portant retrait des titres de séjours " salarié " prises par le préfet de la Loire sont annulées.

Article 2 : Les décisions du 8 juillet 2024 portant refus de délivrance de titres de séjour " vie privée et familiale " prises par le préfet de la Loire sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Loire de délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " à M. et Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. et Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A C et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pascale Dèche, présidente,

Mme Ludivine Journoud, conseillère,

Mme Charlotte Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

P. Dèche

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. Journoud

La greffière

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière.

Nos 2407289 - 2407290

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