Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407415
mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2407415 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, respectivement enregistrés les 23 juillet et 7 août 2024, Mme B A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé un délai de départ volontaire et le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision attaquée méconnaît les stipulations du titre III de l'accord franco-algérien et les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de destination :
- elles sont privées de base légale, par suite de l'illégalité de la décision de refus de séjour.
Le 24 septembre 2024, la préfète du Rhône a produit la décision attaquée, sa notification ainsi qu'une notice d'information budgétaire et une délégation de signature librement accessible sur Internet qui n'ont pas été communiquées.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Jorda, conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 27 janvier 1993, est entrée en France le 28 septembre 2022, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour. Elle a obtenu un certificat de résidence portant la mention " étudiant " valable du 1er octobre 2022 au 30 septembre 2023. A cette date, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 24 juin 2024, la préfète du Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire et le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler ces décisions.
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, les décisions litigieuses ont été signées par Mme C D, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 30 janvier 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs, accessible au juge et aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent les textes dont elle fait application, notamment les stipulations de l'accord franco-algérien applicables à la requérante et, contrairement à ce que soutient cette dernière, celles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. En outre, alors que la préfète n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, la décision contestée précise les éléments déterminants de la situation de Mme A qui ont conduit la préfète du Rhône à rejeter sa demande de renouvellement de titre de séjour et indique à cet égard que la requérante ne justifie pas du caractère réel et sérieux de ses études, que ses attaches sociales et culturelles sont ancrées dans son pays d'origine et qu'en l'absence de ressources suffisantes de nature à couvrir ses frais de séjour et de scolarité, elle ne peut pas bénéficier des dispositions du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien. Ainsi, la décision en litige comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation personnelle de Mme A.
En ce qui concerne le refus de renouvellement de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". ".
6. Il ressort des termes de la décision attaquée que, à son arrivée en France, Mme A s'est inscrite en première année de Master Lettres langues Littératures et Civilisations étrangères à l'université du littoral de la Côte d'Opale de Boulogne-sur-Mer mais qu'elle a échoué à valider son année avec une moyenne de 4,8/20 et qu'après cet échec, si elle s'est inscrite en première année de Master Métiers de l'enseignement, de l'Education et de la Formation - Professorat des écoles à l'université Lyon 1, elle n'a produit aucun relevé de note ni aucune attestation d'assiduité ou de réussite. Dès lors, en se bornant à invoquer des difficultés financières qu'elle n'établit pas, la requérante, qui ne conteste aucune de ces circonstances, ne justifie ni du caractère réel et sérieux de ses études ni de leur progression. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait méconnu les stipulations précitées du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien ni qu'il aurait commis une erreur d'appréciation quant à l'absence de sérieux et de progression dans ses études.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
8. Mme A, âgée de 31 ans, est célibataire et sans charge de famille, n'apporte aucun élément de nature à établir son insertion en France et n'allègue pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine et ce d'autant qu'elle a été autorisée à séjourner en France uniquement pour y poursuivre ses études. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
9. En troisième lieu, si la requérante invoque la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a pas fondé sa demande sur ces dispositions mais qu'elle a uniquement formé une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiante. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète n'a pas examiné d'office si elle remplissait les conditions fixées par cet article. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.
10. En dernier lieu, il résulte des motifs retenus des points 0 à 9 que la préfète ayant analysé la demande de la requérante au regard des dispositions applicables à sa situation, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté serait entaché d'un défaut de base légale.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination
11. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la requérante n'est pas fondée à exciper, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, de l'illégalité du refus de renouvellement de son titre de séjour.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
La rapporteure,
V. Jorda
La présidente,
A-S. BourLa greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière
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