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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407427

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407427

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU 6ème chambre
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024, M. A E G, représenté par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de la préfète du Rhône du 5 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'acte attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la préfète du Rhône s'est estimé à tort, au regard particulièrement des dispositions des articles 5 et 6 de la directive du 16 décembre 2008, en situation de compétence liée par le rejet de sa demande d'asile pour édicter l'obligation de quitter le territoire français;

- elle n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle, aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation et a commis une erreur manifeste d'appréciation concernant les risques encourus en cas de retour dans son pays.

- la préfète du Rhône a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La préfète du Rhône a produit des pièces enregistrées le 17 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la jurisprudence citée ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951 ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. F pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendus au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E G, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 20 août 1997, déclare être entré en France le 11 juin 2023 avec un passeport d'emprunt et a présenté une demande d'asile le 26 juillet 2023. Sa demande a été rejetée par une décision du 17 octobre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 16 mai 2024. Par les décisions attaquées du 5 juillet 2024, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

2. En premier lieu, la décision en litige a été signé par Mme B D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation de signature à cet effet en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C H, directrice des migrations et de l'intégration, par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 15 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le lendemain librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par ailleurs, le requérant n'établit pas que ni la préfète du Rhône ni Mme H n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte litigieux doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées. Dans ces conditions, les décisions attaquées sont suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes mêmes de l'acte attaqué, que la préfète du Rhône s'est estimée en situation de compétence liée par le rejet de la demande d'asile de M. E G pour prononcer la mesure d'éloignement litigieuse et qu'elle n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E G est entré très récemment en France en juin 2023 et que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 16 mai 2024. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans enfant et il ne justifie d'aucune insertion particulière. En outre, s'il a soutenu lors de l'examen de sa demande d'asile que ses parents et l'un de ses frères sont présents en France, il ne produit aucun élément corroborant ses dires et il n'est pas établi qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels l'acte attaqué a été pris et qu'elle aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, il ne ressort pas davantage de ces éléments que la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet acte sur la situation personnelle de l'intéressé en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation.

6. En dernier lieu, M. E G soutient avoir été emprisonné arbitrairement à plusieurs reprises dans son pays d'origine, les autorités nationales l'ayant, à tort, considéré comme un militant du parti d'opposition Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Il allègue avoir été victime de persécutions et d'épisodes de torture subies alors qu'il était en détention, avoir été contraint de s'évader de prison et craindre d'être réincarcéré et de subir de nouveaux épisodes de violences voire d'encourir la peine de mort en cas de retour en République démocratique du Congo. Toutefois, les éléments produits par M. E G, dont la demande d'asile a été rejetée, notamment plusieurs documents généraux faisant état de risques de persécutions et de traitement réservé aux membres du parti UDPS ainsi que des traitements subis par un opposant politique, ne suffisent pas à établir ses allégations et qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la préfète du Rhône a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis en l'espèce une erreur manifeste d'appréciation des risques encourus dans son pays, lesquels moyens sont seulement opérants à l'égard de la décision fixant le pays de destination, doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. E G doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. E G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E G et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

Juan FLa greffière,

Fatoumia Abdillah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2407427

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