Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408124

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant arménien, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de renvoi et l'interdiction de retour de 12 mois pris par la préfète du Rhône. Le tribunal a estimé que le refus de titre de séjour ne méconnaissait pas l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car M. B n'a pas démontré qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il a également jugé que la décision fixant le pays de renvoi ne violait pas l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, faute de preuve d'un risque personnel en cas de retour en Arménie. Enfin, le tribunal a écarté le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, considérant que M. B n'a pas établi une intégration suffisante en France.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les décisions du 26 juin 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

La préfète du Rhône a transmis des pièces qui ont été enregistrées les 13 août et 22 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

- et les observations de M. B.

Le rapport de Mme Vaccaro-Planchet a été entendu au cours de cette audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant arménien né le 21 août 1964 demande l'annulation des décisions du 26 juin 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.. () ".

3. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. B en qualité d'étranger malade, la préfète du Rhône s'est appropriée l'avis rendu le 21 novembre 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), aux termes duquel si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque. Si le requérant produit un certificat médical établi le 22 janvier 2024 indiquant qu'il présente une rectocolite hémorragique et une cardiomyopathie ischémique, il ne produit aucun élément susceptible de remettre en cause l'avis émis sur ce point par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et se borne à affirmer qu'il ne pourra pas bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B résidait en France depuis cinq ans et demi à la date des décisions attaquées. Toutefois en se bornant à faire valoir sa volonté d'intégration sociale et professionnelle et à indiquer qu'il a développé des relations sociales en France et bénéficie du soutien d'amis, de connaissances et d'organisations locales, alors qu'il a vécu l'essentiel de sa vie dans son pays d'origine, où il a nécessairement conservé des attaches, et que ses deux enfants majeurs et sa concubine se maintiennent en France en situation irrégulière, il n'apporte aucun élément de nature à établir que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

6. M. B, qui se borne à invoquer de manière générale la situation de conflit armé prévalant dans son pays d'origine, ne produit aucun élément suffisant pour caractériser l'existence d'un risque personnel pour sa vie ou sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine, alors qu'au demeurant sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la cour nationale du droit d'asile et que son état de santé, au regard de ce qui a été dit précédemment, ne saurait pas davantage caractériser un tel risque. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délivré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, première conseillère

Mme De Tonnac, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Vaccaro-Planchet

L'assesseure la plus ancienne,

C. Leravat

La greffière

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,