Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408194

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre

Résumé IA

Voici le résumé de la décision : Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme A, ressortissante béninoise, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de renvoi et l'interdiction de retour qui lui avaient été notifiés par le préfet de la Loire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, et a jugé que la décision ne méconnaissait ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'intérêt supérieur de l'enfant. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes de Mme A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 août 2024, Mme B A, représentée par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 18 avril 2024, par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour a été signé par une autorité incompétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le 1 du 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen d'ensemble de sa situation personnelle ;

- cette décision va entraîner l'éclatement de la cellule familiale ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son fils.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête n'appelle aucune observation de sa part.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dèche, présidente-rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante béninoise, née le 10 août 1992, est entrée régulièrement sur le territoire français, le 8 septembre 2016. Le 2 septembre 2017, elle a bénéficié de la délivrance d'un titre de séjour mention " étudiant " qui a été renouvelé jusqu'au 30 septembre 2020. Elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire qui lui a été notifiée, le 1er décembre 2022. Le 13 février 2024, elle a présenté une demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur celui de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décisions du 18 avril 2024, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Mme A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. C D, sous-préfet de Saint-Etienne et secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du 13 juillet 2023, publié le 24 juillet 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et rappelle les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme A. En conséquence, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Mme A fait valoir qu'elle réside habituellement en France depuis huit ans et que son fils, sa mère et ses deux sœurs y résident également. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée est entrée en France en vue d'y poursuivre des études supérieures, qu'elle est célibataire et qu'elle n'établit l'existence d'aucun obstacle à ce qu'elle puisse reconstituer avec son fils, sa vie familiale au Bénin où réside également son frère. Ainsi la décision de refus de titre de séjour en litige n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dans ces conditions, et compte tenu notamment des conditions de séjour de l'intéressée en France, le préfet de la Loire, en prenant le refus de titre de séjour en litige, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () "vie privée et familiale" () ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la requérante, en invoquant sa vie privée et familiale telle que sus-relatée, ne fait état d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions de cet article, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". D'autre part, la requérante se prévaut de l'obtention d'un master de journalisme en 2018, ainsi que d'un diplôme d'infirmière en 2024 pour lequel elle a bénéficié d'une bourse d'études de la part de la région Auvergne-Rhône-Alpes, ainsi que d'une expérience professionnelle en qualité d'aide-soignante en milieu hospitalier, depuis 2022. Elle fait également valoir que le groupement hospitalier du Sud Lyon a retenu sa candidature pour un poste d'infirmière à compter du 23 juillet 2024. Toutefois, ces circonstances ne suffisent pas à caractériser un motif exceptionnel de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Par suite, et alors même qu'elle ne constituerait pas une menace à l'ordre public, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour.

8. En dernier lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. La requérante ne produit aucun élément permettant d'établir que son fils ne pourrait poursuivre sa scolarité au Bénin, pays dans lequel la cellule familiale peut se reconstituer. Par suite, la décision en litige ne saurait être regardée comme portant à l'intérêt supérieur de l'enfant de l'intéressée l'atteinte alléguée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée obligeant l'intéressée à quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

11. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée fixant le pays de renvoi serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). "

14. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment quant à la durée et aux conditions du séjour de la requérante sur le territoire français, s'agissant en particulier de sa soustraction non contestée à une précédente mesure d'éloignement qui lui a été notifiée le 1er décembre 2022, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision qu'elle conteste résulte, dans son principe ou sa durée, d'une inexacte application des dispositions législatives citées au point précédent ou que cette décision présente un caractère disproportionné. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient l'intéressée, le préfet de la Loire a porté un examen sur l'ensemble de sa situation personnelle avant de prendre la décision contestée.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le préfet de la Loire, en prononçant à l'encontre de Mme A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois n'a pas porté, eu égard aux objectifs poursuivis par cette mesure, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le préfet de la Loire n'a pas porté à l'intérêt supérieur de l'enfant de l'intéressée l'atteinte alléguée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions du préfet de la Loire du 18 avril 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme A à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Journoud, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

P. Dèche

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. Journoud

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière.