Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408197

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par la préfète de l'Ain le 9 juillet 2024. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire, de défaut d'examen de sa situation personnelle et d'erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il a jugé que la décision d'éloignement n'était pas illégale par voie de conséquence. La solution retenue s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 août et 29 août 2024, M. C A, représenté par Me Deme, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 9 juillet 2024, par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation particulière, notamment au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 14 novembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Elle soutient que le requérant ayant produit une requête sommaire le 12 août 2024, et le mémoire complémentaire du 29 août 2024 étant intervenu après l'expiration du délai de quinze jours prévu par les dispositions de l'article R. 911-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant est réputé s'être désisté de sa demande.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dèche, présidente-rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 7 mai 1986, est entré en France en 2021, selon ses déclarations. Le 4 mai 2024, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par décisions du 9 juillet 2024, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par décision du 18 octobre 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. B, directeur de la citoyenneté et de l'intégration, en vertu de la délégation que la préfète de l'Ain lui a donnée par un arrêté du 15 février 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 19 février suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ressort de la motivation de la décision attaquée que la préfète de l'Ain a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et familiale indiquant notamment qu'il a passé l'essentiel de son existence en Algérie, pays dans lequel il ne démontre, ni n'allègue, être dépourvu d'attaches, qu'il s'est marié en France, en avril 2024, avec une ressortissante de nationalité française et qu'aucun enfant n'est issu de cette union. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

5. En dernier lieu, M. A, arrivé de manière récente en France et qui a épousé une ressortissante française en avril 2024 n'apporte aucun élément permettant d'établir l'ancienneté de sa vie commune avec son épouse ainsi que l'intensité de sa vie privée et familiale en France. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée obligeant l'intéressé à quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de désistement d'office opposée en défense, les conclusions dirigées contre les décisions de la préfète de l'Ain du 9 juillet 2024 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Journoud, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

P. Dèche

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. Journoud

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,