Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408199

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. C, ressortissant tunisien, contestant le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de renvoi pris par la préfète de l'Ain le 23 juillet 2024. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire et a estimé que la préfète avait procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale du requérant. Il a jugé que l'insertion professionnelle de M. C, bien que stable, ne constituait pas un motif exceptionnel justifiant une régularisation, et que ses attaches familiales en France n'étaient pas suffisamment intenses pour caractériser une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. La solution retenue s'appuie sur l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 août et 29 août 2024, M. A C, représenté par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 23 juillet 2024, par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour " salarié " dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et familiale, notamment au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de son insertion professionnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- cette décision est disproportionnée compte tenu de ses attaches familiales en France.

Par un mémoire enregistré le 13 novembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dèche, présidente-rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, né le 7 avril 1989, est entré régulièrement en France, le 12 septembre 2019, sous couvert d'un visa de quatre-vingt-dix jours. Le 31 octobre 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, en application de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décisions du 23 juillet 2024, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. B, directeur de la citoyenneté et de l'intégration, en vertu de la délégation que la préfète de l'Ain lui a donnée par un arrêté du 16 juillet 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le jour-même.. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. C, il ressort de la motivation de la décision attaquée que la préfète de l'Ain a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et familiale indiquant notamment qu'il a déclaré vivre en France depuis quatre ans et dix mois et que son frère et ses parents y résident également et précisant qu'il est célibataire et sans enfant ainsi qu'il exerce une activité salariée en tant que peintre. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

4. En dernier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, ainsi qu'il a été dit précédemment, le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. C, a pris en compte l'ensemble des éléments de sa situation personnelle et a apprécié l'existence d'éventuelles considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels ainsi que la possibilité de prendre une mesure de régularisation exceptionnelle dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point. A cet égard, si M. C, entré en France le 12 septembre 2019 sous couvert d'un visa C 90 jours valable du 14 août 2019 au 8 février 2020, fait valoir qu'il est présent en France depuis cinq ans et qu'il justifie d'une insertion professionnelle lui permettant de bénéficier de ressources suffisantes, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans charge de famille et ne démontre pas ne plus disposer d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. En outre, il n'établit pas avoir noué des liens privés d'une intensité particulière en France. Dès lors, ces circonstances ne sont pas de nature à établir que son admission au séjour en France répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que M. C exerce de manière stable une activité professionnelle de peintre, sous contrat à durée indéterminée, depuis mai 2022, justifiant de douze bulletins de salaire, ces seuls éléments sont insuffisants à caractériser une situation exceptionnelle qui aurait dû conduire la préfète à régulariser sa situation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice du pouvoir de régularisation du préfet doit être écarté. Enfin, le requérant ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet d'un tel pouvoir.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée obligeant l'intéressé à quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions de la préfète de l'Ain du 23 juillet 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. C à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Journoud, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

P. Dèche

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. Journoud

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,