Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408438

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408438
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCADOUX

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lyon, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme A qui demandait la suspension de la décision de la préfète du Rhône refusant le renouvellement de son titre de séjour. La requérante invoquait notamment l’urgence et un doute sérieux sur la légalité de la décision, en raison de son état de santé grave nécessitant un traitement non disponible en Algérie. Le juge a estimé qu’aucun des moyens soulevés n’était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. La demande a été rejetée sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 août 2024, Mme B A, représentée par Me Cadoux, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 17 mai 2024 par laquelle la préfète du Rhône a rejeté sa demande de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, l'urgence étant présumée en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour ; la décision en litige porte une atteinte grave et immédiate à sa situation ; alors qu'elle séjourne régulièrement en France depuis près de quatre ans, cette décision la place dans une situation administrative précaire et elle se trouve brutalement privée de la possibilité de poursuivre ses soins convenablement ; cette situation est anxiogène dès lors que son état de santé requiert un traitement médical lourd ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :

* la décision a été prise par une autorité incompétente ;

* la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été rendu à l'issue d'une procédure régulière ;

* la décision méconnait le 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle est atteinte de deux pathologies graves, dont le défaut de prise en charge médicale entrainerait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et elle ne pourra pas bénéficier en Algérie d'un traitement médical adapté ni du suivi spécialisé dont elle a besoin ; le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a précédemment estimé qu'elle ne pouvait bénéficier d'une prise en charge médicale effective en Algérie, or, ni son état de santé ni l'accès aux soins en Algérie ne se sont depuis améliorés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 26 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée sous le n° 2408437 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision de la préfète du Rhône en date du 17 mai 2024.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Senoussi, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de :

- Me Cadoux, représentant Mme A, qui a repris ses conclusions et moyens ; elle fait valoir notamment qu'en raison de la reprise de son cancer de sa peau au cours de l'été 2024, elle bénéficie d'un traitement par immunothérapie qui doit être poursuivi jusqu'en septembre 2025, par un médicament qui n'est pas aisément disponible en Algérie, compte tenu des pénuries graves de médicaments et des défauts d'approvisionnement dans ce pays ; par ailleurs, le Nivolumab, substance coûteuse qui lui est administrée, n'est pas utilisée pour le traitement de ce type de cancer ;

- Mme A, requérante.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. En l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés invoqués par la requérante à l'encontre de la décision attaquée n'apparaît de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Le requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 20 septembre 2024.

Le juge des référés,

T. Besse

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,