Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408452

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, contestant les arrêtés du 16 août 2024 par lesquels la préfète du Rhône lui avait imposé une obligation de quitter le territoire français sans délai, une interdiction de retour de trente-six mois et une assignation à résidence. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, jugeant que la procédure d’audition était régulière et que l’administration avait procédé à un examen sérieux de sa situation. Il a notamment relevé que M. A était défavorablement connu des services de police pour des faits de violence et de menaces, constituant une menace pour l’ordre public, et que les décisions ne méconnaissaient pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. La solution retenue s’appuie sur les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrées les 22 et 26 août et le 4 septembre 2024, M. C D A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- les arrêtés attaqués ont été pris au terme d'une procédure irrégulière et déloyale, dès lors que le principe du contradictoire a été méconnu et qu'il n'a pu être assisté d'un avocat ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- ils sont entachés d'erreurs de fait ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- ils méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 30 août 1993, est entré en France le 17 septembre 2012, sous couvert d'un visa long séjour. Par un arrêté du 16 août 2024, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. Par un arrêté du même jour, la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été entendu par les services de police le 15 août 2024, suite à son interpellation pour vol avec violences commis le 14 août 2024, qu'il a été informé à cette occasion de ce qu'il était susceptible d'être éloigné du territoire français et qu'il pouvait également être assisté d'un conseil. Par ailleurs, si M. A entend soutenir que les arrêtés en litige ont été pris au terme d'une procédure déloyale, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions du contrôle d'identité et de la vérification du droit au séjour qui ont, le cas échéant, précédé l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger en situation irrégulière. Il en résulte que les conditions de l'interpellation, du contrôle et de l'audition de M. A sont sans influence sur la légalité des arrêtés en litige. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés attaqués ont été pris au terme d'une procédure irrégulière.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, si M. A fait valoir que les arrêtés en litige sont entachés d'erreurs de fait, dès lors qu'ils mentionnent qu'il ne détient aucune pièce d'identité, que " plusieurs faits ont été rajoutés à [son] dossier sans preuves ni charges ", qu'elles énoncent qu'il est entré en France au mois de septembre 2012 sans être reparti depuis alors qu'il a quitté le territoire français au mois de juillet 2015, il ressort toutefois des pièces du dossier que, lors de son interpellation, M. A était dépourvu de toute pièce d'identité, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de rébellion, conduit de véhicule sans permis, défaut d'assurance, prise de nom d'un tiers ou usurpation d'identité, recel de bien provenant d'un vol, découverte d'un véhicule volé et menaces de mort réitérées. Enfin, si M. A déclare avoir quitté le territoire français et être revenu au mois de juillet 2015, cette circonstance, qu'il n'établit au demeurant par aucun élément, est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés en litige sont entachés d'erreurs de fait et le moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du fichier automatisé des empreintes digitales, que M. A est défavorablement connu des services de police. Outre son interpellation du 15 août 2024 qui a fait l'objet d'un signalement pour menace de mort réitérée, vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure ou égale à huit jours et violence avec préméditation ou guet-apens suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, M. A a été signalé le 9 septembre 2019 pour recel de bien provenant d'un vol, découverte d'un véhiculé volé et menace mort réitérée, le 20 mars 2018 pour rébellion et conduite d'un véhicule sans permis, le 5 août 2017 pour rébellion et défaut de permis de conduire, le 31 juillet 2017 pour conduite sans permis, défaut d'assurance et prise de nom d'un tiers ou usurpation d'identité. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A a dissimulé son identité en utilisant divers alias, y compris lors de sa dernière interpellation le 15 août 2024, ce qu'il a reconnu. Dans ces conditions, c'est sans entacher ses décisions d'une erreur d'appréciation que la préfète du Rhône a considéré que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 8 de cette même convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "

7. Si M. A se prévaut de sa présence en France depuis 2012, de ce qu'il a bénéficié de titres de séjour portant la mention " étudiant " jusqu'en 2016, circonstance au demeurant non contestée par la préfète du Rhône, de son insertion professionnelle en tant que livreur pour Amazon et de ce qu'il est en couple avec une ressortissante française, il n'établit par aucun élément probant ses allégations. En outre, M. A est sans charge de famille. Enfin, l'intéressé n'établit pas que sa vie ou sa liberté était menacée ou qu'il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées méconnaissent les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales, ni qu'elles sont entachées d'une erreur d'appréciation. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.

La magistrate désignée,

C. B

Le greffier,

T. CLEMENT

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier