Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408487

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, saisi d'une demande d'exécution de son ordonnance du 30 mai 2024, a constaté que la préfète du Rhône n'avait pas procédé au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B, comme cela lui avait été enjoint. En application des articles L. 911-2 et L. 911-4 du code de justice administrative, le tribunal a rejeté la demande de nouvelle injonction mais a prononcé une astreinte de 100 euros par jour à l'encontre de l'État si l'exécution n'intervient pas dans un délai de quinze jours. L'État a également été condamné à verser 1 000 euros à M. B au titre des frais d'instance.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une lettre enregistrée le 17 juillet 2024, M. A B, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, a saisi le tribunal d'une demande tendant à l'exécution de l'ordonnance n°2404688 du 30 mai 2024, par lequel le juge des référés a suspendu la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour et enjoint à l'autorité administrative de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de sa notification et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Par une ordonnance du 26 août 2024, la présidente du tribunal a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle.

Par un mémoire, enregistré le 18 septembre 2024 M. A B, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la préfète du Rhône n'a toujours pas exécuté l'ordonnance du tribunal du 30 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément, président,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. " Aux termes de l'article L. 911-4 du même code : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / () Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. ".

2. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le jugement faisant l'objet de la demande d'exécution prescrit déjà les mesures qu'il implique nécessairement en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, il appartient le cas échéant au tribunal administratif, saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du même code, d'en édicter de nouvelles en se plaçant à la date de sa décision, sans toutefois pouvoir remettre en cause celles qui ont précédemment été prescrites ni méconnaître l'autorité qui s'attache aux motifs qui sont le soutien nécessaire du dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution lui est demandée.

3. Par l'ordonnance du 30 mai 2024 n°2404688, devenue définitive, le juge des référés, après avoir constaté que la décision implicite de refus de titre de séjour opposée à M. B devait être suspendue, a enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la demande de l'intéressé dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance. En l'absence de circonstance de droit ou de fait nouvelle, la demande de M. B tendant au prononcé d'une nouvelle injonction de réexamen assortie d'un délai d'un mois doit être rejetée.

4. En revanche, il appartient au juge saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative d'apprécier l'opportunité de compléter les mesures déjà prescrites par le prononcé d'une astreinte. A la date de la présente décision, la préfète du Rhône n'a pas pris les mesures propres à assurer l'exécution de l'ordonnance en litige. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer à l'encontre de l'Etat, à défaut pour la préfète de Rhône de justifier de cette exécution dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, une astreinte de 100 euros par jour jusqu'à la date à laquelle l'ordonnance du 30 mai 2024 aura reçu exécution.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre de ses frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Une astreinte est prononcée à l'encontre de l'Etat, s'il n'est pas justifié, dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement, de l'exécution de l'ordonnance du tribunal du 30 mai 2024. Le taux de cette astreinte est fixé à 100 euros par jour à compter de l'expiration de ce délai.

Article 2 : La préfète du Rhône communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter l'ordonnance du tribunal du 30 mai 2024.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le président,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

A. DucaLa greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,