Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408583
jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2408583 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | IDERKOU |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 août 2024, M. B A C, représenté par Me Iderkou, demande au juge des référés :
1°) d'annuler la décision du 15 mai 2023, renouvelée le 8 novembre 2023 et le 26 janvier 2024, refusant le renouvellement de son titre de séjour ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement refusé de lui renouveler sa carte de résident portant la mention " réfugié " ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, un récépissé l'autorisant à travailler le temps du réexamen de sa demande de renouvellement de carte de résident ; à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que le refus implicite de lui renouveler son titre de séjour l'empêche d'obtenir un document de voyage, porte atteinte à sa liberté de circuler, et le maintient dans une situation de précarité alors qu'il doit subvenir aux besoins de sa famille ;
- il existe des doutes sérieux quant à la légalité de la décision contestée : les motifs du refus implicite ne lui ont pas été communiqués en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ; la décision méconnait l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car le renouvellement de son titre était de plein droit ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'aucune décision implicite de refus de renouvellement n'est née, le requérant ayant de manière continue disposé d'attestations de prolongation d'instruction de sa demande depuis le 15 mai 2023 ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que l'intéressé a bénéficié d'attestations de prolongation d'instruction de sa demande et demeure en situation régulière sur le territoire ;
- la prolongation d'instruction est rendue nécessaire par la décision de l'Ofpra d'initier une procédure de fin de protection fondée sur l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 28 août 2024, sous le n°2408582, par laquelle M. A C demande l'annulation de la décision du 15 mai 2023 ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Bertolo pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bon-Mardion, greffière d'audience, M. Bertolo a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Iderkou, représentant M. A C, qui reprend les moyens présentés dans sa requête. Elle soutient qu'il y a urgence dès lors que le maintien du requérant sous attestations de prolongation d'instruction l'empêche d'obtenir un contrat à durée indéterminée et de pouvoir voyager pour aller voir sa mère qu'il n'a pas vu depuis plus de dix ans et qui est malade ;
- les observations de M. A C.
La préfète du Rhône n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C a sollicité le 15 mai 2023 le renouvellement de sa carte de résident portant la mention " réfugié ", et a bénéficié d'attestations de prolongation d'instruction de sa demande le 15 mai 2023, le 8 novembre 2023, le 26 janvier 2024, le 29 avril 2024 et le 17 juillet 2024. Le requérant demande au juge des référés d'annuler la décision du 15 mai 2023, renouvelée le 8 novembre 2023 et le 26 janvier 2024, refusant le renouvellement de son titre de séjour et d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement refusé de lui renouveler sa carte de résident portant la mention " réfugié ".
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
3. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". L'article R. 432-2 du même code prévoit que : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". Il résulte de ces dispositions que le silence gardé pendant quatre mois sur une demande de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet.
4. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du même code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. / Lorsque l'étranger mentionné aux 2°, 3° ou 4° de l'article R. 431-5 a déposé une demande complète dans le respect du délai auquel il est soumis, le préfet est tenu de mettre à sa disposition via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. / Lorsque le préfet prend une décision favorable sur la demande présentée, une attestation dématérialisée est mise à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour, dans l'attente de la remise du titre. ".
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
4. La circonstance alléguée par la préfète du Rhône selon laquelle la demande de M. A C est toujours en cours d'instruction et qu'il a disposé de manière continue d'attestations de prolongation d'instruction depuis sa demande le 15 mai 2023 ne fait pas par elle-même obstacle à la naissance d'une décision implicite de rejet dans les conditions prévues aux articles cités au point 3. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Rhône doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Il n'appartient pas au juge statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de prononcer l'annulation de décisions administratives. Par conséquent, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision du 15 mai 2023, renouvelée le 8 novembre 2023 et le 26 janvier 2024, refusant le renouvellement de son titre de séjour, sont irrecevables et ne peuvent qu'être écartées.
Sur la condition d'urgence :
6. Il résulte de l'instruction que M. A C a sollicité le 15 mai 2023 le renouvellement de sa carte de résident portant la mention " réfugié " et bénéficie, dans ces conditions, de la présomption d'urgence constatée dans un tel cas. Toutefois, la préfète du Rhône fait valoir en défense que l'intéressé n'est pas dans une situation d'urgence, dès lors qu'il a disposé de manière continue d'attestations de prolongation d'instruction depuis sa demande le 15 mai 2023, qu'il est en situation régulière sur le territoire jusqu'en janvier 2025 et n'est pas dépourvu d'emploi. Si le requérant soutient que cette situation porte atteinte à sa liberté de circuler et ne lui permet en particulier pas de voyager pour rendre visite à sa mère âgée et malade, la seule production d'une copie d'une capture d'écran, non datée, faisant état d'une notification de clôture de sa demande de titre de voyage ne permet pas de l'établir, alors au demeurant que l'intéressé n'apporte aucune justification sur l'urgence à obtenir un tel titre pour rendre visite à sa mère, et que les attestations de prolongation d'instruction dont il a bénéficié lui permettent le franchissement des frontières de l'espace Schengen. Par ailleurs, si l'intéressé soutient que le refus implicite de renouveler son titre de séjour le maintient dans une situation de précarité et qu'il est contraint d'accepter des missions intérimaires, il ne justifie pas que cette situation résulterait du refus implicite qui lui a été opposé, ni en quoi ses missions intérimaires ne lui permettraient pas de subvenir aux besoins de sa famille, alors que les attestations de prolongation d'instruction dont il a bénéficié lui permettent d'exercer une activité professionnelle. Dans ces conditions, la condition d'urgence, à laquelle les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension, n'est pas remplie.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner s'il est fait état d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision, que la requête de M. A C doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A C et à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon, le 19 septembre 2024.
Le juge des référés,
C. Bertolo
La greffière,
L. Bon-MardionLa République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618596
01/09/2026
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618522
01/09/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2604282
01/09/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2503670
01/09/2026