Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408679
jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2408679 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 8ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 août 2024, M. B A, représenté par Me Galichet, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 5 mars 2024, par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous peine d'astreinte de 100 euros de jour de retard, et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous peine d'astreinte de 100 euros de jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
- le rapport rendu par le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration devra être communiqué afin d'établir la régularité de la procédure ;
- l'avis du collège des médecins du 3 mars 2023 n'a pas été rendu dans le cadre de sa demande de titre de séjour, mais dans le cadre de la protection contre l'éloignement, ce qui rend également la procédure irrégulière ;
- ni lui, ni son fils ne pourront bénéficier de soins adaptés à leur état de santé en Albanie.
La requête a été communiquée au préfet de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 juillet 2024.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport, de Mme Dèche, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 14 août 1994, de nationalité albanaise, est entré régulièrement en France, le 1er octobre 2016. Après le rejet de sa demande d'asile, il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, le 13 avril 2021 et le 28 novembre 2022. En janvier 2023, il a présenté une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Par décisions du 5 mars 2024, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
2. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ". Aux termes de l'article R. 425-12 dudit code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. ().. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. " Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ".
3. D'une part, il ressort des termes de la décision de refus de titre de séjour attaquée, qu'après avoir rappelé que M. A avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour d'une durée d'un an le 28 novembre 2022, notifiée le 29 novembre 2022 et validée par le tribunal le 5 décembre 2022, le préfet a indiqué que l'intéressé avait sollicité au mois de janvier 2023 son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " en vue d'obtenir une protection contre l'éloignement ". A l'issue de ces constats, le préfet de la Loire s'est prononcé expressément sur le droit au séjour de M. A au regard de ces dispositions et, par l'article 1er de cette même décision, a refusé de lui délivrer un titre de séjour en se fondant sur l'avis rendu le 3 mars 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon lequel l'état de santé du demandeur nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut de prise en charge médicale peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par ailleurs, le préfet a assorti ce refus de titre de séjour, d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de l'intéressé. Dans ces conditions, le préfet de la Loire qui ne peut être regardé comme s'étant uniquement prononcé sur une demande de l'intéressé en vue de l'obtention d'une protection contre la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, était tenu d'instruire cette demande en respectant la procédure de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, telle qu'elle est prévue par les dispositions rappelées au point 2 du présent jugement.
4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment des courriers et documents échangés entre l'Office français de l'immigration et de l'intégration et M. A, que l'avis précité du collège des médecins dudit Office du 3 mars 2023 n'a pas été rendu dans le cadre de la demande de titre de séjour présentée par M. A en janvier 2023, mais dans le cadre de la protection contre la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, soit, sur le fondement des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, pour lesquelles les articles 9 à 11 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ne prévoient pas l'établissement d'un rapport du médecin instructeur avant l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il n'est pas contesté par le préfet de la Loire, qui n'a produit aucun mémoire en défense, qu'il s'est donc dispensé de l'établissement d'un rapport médical du médecin instructeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à l'avis du collège des médecins de cet office qui a été rendu le 3 mars 2023. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que cet avis, au vu duquel le préfet de la Loire a statué le 5 mars 2024, a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière. L'absence de rapport médical établi par un médecin instructeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, prévu par les dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 1er et 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016, devant être regardée comme ayant privé M. A d'une garantie.
5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation des décisions du 5 mars 2024, par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique uniquement que le préfet de la Loire procède au réexamen de la demande de M. A. En l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois compter de la notification du présent jugement, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l'espère, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Galichet, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Galichet de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 5 mars 2024, par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Galichet, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Galichet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Galichet et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dèche, présidente,
Mme Journoud, conseillère,
Mme Pouyet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
La présidente-rapporteure,
P. Dèche
L'assesseure la plus ancienne,
L. Journoud
La greffière,
N. Boumedienne
La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière.
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