Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408718

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par M. et Mme B d'une demande de suspension de la décision implicite par laquelle la direction des services départementaux de l'éducation nationale aurait refusé d'exécuter la notification de la maison départementale-métropolitaine des personnes handicapées (MDMPH) attribuant à leur fils autiste une aide humaine individuelle (AESH) de 18 heures par semaine. Le juge des référés a constaté qu'en cours d'instance, l'administration avait finalement accordé un AESH à l'enfant pour la durée prévue, rendant ainsi sans objet les conclusions à fin de suspension. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de suspension, et les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2024 et des mémoires complémentaires, enregistrés le 18 septembre 2024 et le 21 septembre 2024, M. D et Mme C B, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la direction des services départementaux de l'éducation nationale a décidé de ne pas donner suite à la décision de la maison départementale-métropolitaine des personnes handicapées (MDMPH) de la Métropole de Lyon donnant son accord pour permettre l'intervention d'un accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH) ;

2°) d'enjoindre à la direction des services départementaux de l'éducation nationale du Rhône d'exécuter la notification d'accompagnement par une aide humaine à la scolarisation, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et de désigner un AESH dont le contrat de travail n'est pas suspendu, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- il existe une situation d'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige dès lors que l'absence d'AESH 18H par semaine porte une atteinte grave et immédiate aux apprentissages de leur fils, qui est autiste, et aux enfants de sa classe ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige dès lors que :

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 351-3 du code de l'éducation et de l'article L. 246-1 du code de l'action sociale et des familles ;

* la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Métropole de Lyon a attribué à leur fils une aide humaine individuelle aux élèves handicapées de 18 heures par semaine du 28 février 2024 au 31 août 2025 ;

* l'absence de prise en charge de l'enfant est fautive ; le rectorat n'a pas accompli les diligences nécessaires pour assurer l'accompagnement de tous les élèves handicapés bénéficiant d'une notification d'accompagnement ; la pénurie d'AESH est imputable à l'Etat ;

* leur recours contentieux a entrainé une levée rapide des difficultés ce qui démontre le manque de volonté initial de l'administration pour appliquer la décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Métropole de Lyon.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 septembre 2024, 20 septembre 2024 et 23 septembre 2024, le recteur de l'académie de Lyon conclut au rejet de la requête.

Il soutient dans le dernier état de ses écritures que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors qu'aucune décision implicite n'a été prise s'agissant de la situation de l'élève, l'administration étant en attente qu'un poste se libère pour l'affecter ; le contentieux n'est donc pas lié ;

- à titre subsidiaire, la requête n'est pas fondée dès lors qu'un recrutement a été réalisé, que l'administration justifie de ses diligences et que les requérants ne peuvent se prévaloir d'aucune illégalité.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 2 septembre 2024 sous le n° 2408717 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 20 septembre 2024 en présence de Mme Senoussi, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Rizzato, première conseillère, qui a informé les parties en application des dispositions de l'article R 522-9 du code de justice administratif et de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance à intervenir est susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office et tiré de ce qu'il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision implicite refusant d'attribuer 18H d'aide humaine au fils des requérants ;

- les observations de M et Mme B qui ont repris les faits, moyens et conclusions exposés dans leurs écritures et qui soutiennent que leur fils ne bénéficie toujours pas d'une aide humaine contrairement à ce qui est indiqué dans les pièces produites par le rectorat.

- les observations de M. E, représentant le recteur de l'académie de Lyon qui indique qu'il n'y a pas eu de décision de rejet à la demande des requérants et fait état de difficultés de recrutement. Il indique qu'un AESH a été accordé à A B pour 18H par semaine.

En application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été reportée au 23 septembre 2024 à 17 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. Le 28 février 2024, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées a décidé d'attribuer à A B, fils des requérants, une aide humaine individuelle aux enfants handicapés. Par une lettre du 14 juin 2024, M. et Mme B ont mis le rectorat d'académie de Lyon en demeure d'allouer de façon effective cette aide humaine individuelle, demande à laquelle il n'a pas été répondu. M. et Mme B demandent la suspension des effets du rejet implicite de leur demande, né du silence gardé par le recteur de l'académie de Lyon pendant deux mois.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation datée du 19 septembre 2024 établie par la cheffe d'établissement, de l'attestation de recrutement établie par la cheffe du service de l'école inclusive de l'académie de Lyon, datée du 20 septembre 2024, du contrat de recrutement signé le 19 septembre 2024 et des planning des AESH de l'établissement produits par le recteur de l'académie de Lyon qu'un accompagnant des élèves en situation de handicap a été affecté à l'école Notre-Dame de Bellegarde, au bénéfice du fils des requérants pour 18 heures par semaine. Le recteur a ainsi mis en place, postérieurement à l'introduction de la requête, l'accompagnement humain accordé au jeune A B. Dans ces conditions, les conclusions à fin de suspension et d'injonction sous astreinte de la requête de M. et Mme B sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre une somme à la charge de l'État au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension et les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. et Mme B.

Article 2 : Les conclusions de M. et Mme B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dépens sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D et Mme C B et au recteur de l'académie de Lyon.

Fait à Lyon le 24 septembre 2024.

La juge des référés,

C. Rizzato

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,