Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408818
vendredi 6 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2408818 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL NEKAA ALLARD |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2024, la SAS MBDC, représentée par la Selarl Allard Nekaa, demande au juge des référés :
1°) de prononcer, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension immédiate de l'exécution de l'arrêté en date du 20 août 2024 par lequel la préfète du Rhône a prononcé la fermeture immédiate, pour une durée d'un mois, de l'établissement qu'elle exploite à Craponne ou, à titre subsidiaire, de réduire cette durée de fermeture à de plus justes proportions ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sur la condition d'urgence : la fermeture d'un établissement a par nature pour effet de priver le commerçant de ses revenus pendant la durée de l'interdiction ; le commerce est situé dans un secteur où il doit faire face à une forte concurrence ; l'exercice 2023 n'a été bénéficiaire qu'à hauteur de 1 608,50 euros, et la fermeture en litige est de nature à entraîner une perte d'exploitation qui ne lui permettra pas de couvrir ses charges fixes, la société devant notamment assurer la rémunération de ses salariés et le remboursement de mensualités ;
- sur l'atteinte grave et manifestement illégale portée à une liberté fondamentale : la fermeture administrative porte atteinte à la liberté d'entreprendre qui est une liberté fondamentale ; si la société ne conteste pas l'emploi d'un salarié en situation irrégulière, il s'agit de la première infraction relevée à son encontre et elle ne concerne qu'un de ses salariés ; ainsi, cette sanction n'est pas justifiée ou à tout le moins disproportionnée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, en vertu de l'article L. 521-2 du code de justice administrative le juge des référés peut, en cas d'urgence caractérisée, ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une autorité administrative aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale. L'article L. 522-3 de ce code prévoit que le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsqu'elle ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. D'autre part, l'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions précitées est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Il appartient ainsi au requérant de justifier dans tous les cas de l'urgence, laquelle ne saurait être regardée comme remplie en l'absence d'éléments concrets, propres à chaque espèce, de nature à établir l'urgence des mesures sollicitées dans le cadre de cette procédure particulière de référé qui implique l'intervention du juge dans des délais particulièrement brefs.
3. Par arrêté du 20 août 2024, notifié le 3 septembre 2024, la préfète du Rhône a prononcé la fermeture immédiate de l'établissement exploité sous l'enseigne " boucherie de Craponne " située avenue Millaud à Craponne, pour une durée d'un mois, en raison d'infractions à la réglementation du travail. La SAS MBDC demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.
4. A l'appui de sa requête fondée sur l'article L. 521-2 du code de justice administrative et pour justifier d'une situation d'urgence à suspendre l'arrêté en litige, la société requérante communique une attestation de son expert-comptable ainsi que différents documents attestant de sa situation financière et fait valoir que cet arrêté va entraîner une perte importante du chiffre d'affaires alors que l'exploitation de la société ne présentait qu'un bénéfice de 1 608,50 euros en 2023, son premier exercice. Elle expose devoir faire face à des charges fixes, notamment au remboursement de mensualités qu'elle évalue à environ 3 300 euros par mois et à la rémunération de ses salariés. Toutefois, ces éléments, très brièvement exposés dans les écritures de la requête, restent insuffisamment circonstanciés pour établir que la mesure en litige aurait par elle-même pour conséquence, du seul fait de la privation du chiffre d'affaires qu'elle entraîne durant une période d'un mois, de menacer à court terme la pérennité de la société, alors même que cette dernière n'a été créée qu'en 2022, avec un capital social de 10 000 euros. Dans ces conditions, la société requérante ne caractérise pas l'existence, dans les circonstances de l'espèce, d'une situation d'urgence caractérisée qui rendrait nécessaire l'intervention, dans un délai de quarante-huit heures, du juge des référés statuant sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions en suspension de la requête.
5. L'Etat n'étant pas dans la présente instance la partie perdante, les conclusions présentées par la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SAS MBDC est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS MBDC.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon, le 6 septembre 2024.
Le juge des référés,
T. A
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618596
01/09/2026
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618522
01/09/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2604282
01/09/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2503670
01/09/2026