Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408902
mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2408902 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | ALVARENGA |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Alvarenga, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de dix jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui fixer un rendez-vous lui permettant d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de se voir délivrer un récépissé de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de dix jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il a régulièrement effectué une démarche de renouvellement de son titre de séjour sur " démarches simplifiées ", que son titre de séjour expire le 1er octobre 2024 et qu'il risque de perdre son emploi ;
- la mesure est utile, dès lors qu'il réside en France depuis l'année 2019, qu'il remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour portant la mention " résident longue durée UE " ou " salarié ", qu'il occupe un emploi stable et risque de le perdre en l'absence de justification de la régularité de son séjour en France ;
- à titre principal, les démarches qu'il a effectuées sur " démarches simplifiées " constituent une demande de titre de séjour et il doit se voir délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ; à titre subsidiaire, il appartient à l'autorité administrative de le convoquer dans un délai raisonnable et de lui fixer une date de rendez-vous.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B réside en France depuis l'année 2019 et a bénéficié en dernier lieu d'un titre de séjour pluriannuel portant la mention " salarié " délivré le 2 octobre 2020 et valable jusqu'au 1er octobre 2024. Il a sollicité le 16 juin 2024 la délivrance d'une carte de résident portant la mention " résident longue durée UE ", et à titre subsidiaire le renouvellement de son titre de séjour mention " salarié ", et a obtenu une attestation de dépôt à cette date. En l'absence de réponse à sa demande, le requérant demande au tribunal, à titre principal, d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, et à titre subsidiaire, de lui fixer un rendez-vous lui permettant d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de sa voir délivrer un récépissé de titre de séjour l'autorisant à travailler.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
3. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité administrative serait tenue de recevoir un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer sa demande de titre de séjour. Toutefois, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande, et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. Il résulte de l'instruction que M. B a sollicité le 16 juin 2024 la délivrance d'une carte de résident portant la mention " résident longue durée UE ", et à titre subsidiaire le renouvellement de son titre de séjour mention " salarié ", et a obtenu une attestation de dépôt à cette date. Toutefois, comme il résulte clairement du courrier électronique automatique qui lui a été transmis le 26 juin 2024 à 23h53 ainsi que de la présentation de la démarche " renouvellement d'un titre de séjour temporaire ou pluriannuel - (hors démarches ANEF) sur le site " démarches simplifiées ", cette démarche a uniquement pour finalité de demander un rendez-vous afin de renouveler un titre de séjour annuel ou pluriannuel ou un visa long séjour valant titre de titre de séjour (VLS-TS) (Hors démarches ANEF). Dès lors que M. B n'a pas encore obtenu de rendez-vous lui permettant de faire enregistrer sa demande de titre de séjour, ses conclusions présentées à titre principal tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Rhône de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour sont sans objet et ne peuvent qu'être rejetées.
6. En revanche, il est constant que le requérant est toujours en attente de rendez-vous à la date de la présente ordonnance, que son titre de séjour expire le 1er octobre 2024 et que cette situation est de nature à lui faire perdre son emploi, comme il en justifie par un courrier électronique du 13 juin 2024 du service des ressources humaines de son employeur. M. B pouvant se prévaloir de la présomption d'urgence applicable en cas de demande de renouvellement d'un titre de séjour, et la préfète du Rhône qui n'a pas produit à l'instance ne faisant valoir aucune circonstance susceptible d'y faire échec, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative est remplie.
7. Dans ces conditions, et eu égard à l'utilité de la mesure demandée, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de fixer un rendez-vous à M. B dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, afin qu'il puisse faire enregistrer sa demande de titre de séjour, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Rhône de communiquer à M. B dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon, le 18 septembre 2024.
Le juge des référés,
C. Bertolo
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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