Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409042
mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409042 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2024, M. B F A, représenté par Me Thinon, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2024 par lequel le préfet de la Loire l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué doit être regardé comme entaché d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation régulière conférée à son signataire ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté du 10 juillet 2023 portant obligation de quitter le territoire français n'était plus exécutoire ;
- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de la Loire a produit des pièces, enregistrées le 12 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Viotti en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 16 septembre 2024.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, conseillère, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application temporel des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de l'ordonnance du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il y a lieu d'y substituer le 1° du même article dans sa version en vigueur depuis le 28 janvier 2024 et issue de la loi 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration ;
- les observations de M. A, assisté de M. C, interprète en langue anglaise, qui a indiqué avoir exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre et vouloir une chance de s'installer en France et de régulariser sa situation en trouvant du travail.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant nigérian né le 27 juillet 1997 à Edo State, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise par arrêté du préfet des Alpes Maritimes le 10 juillet 2023. Par arrêté du 5 septembre 2024, le préfet de la Loire l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A en demande l'annulation.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 13 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 24 juillet suivant, le préfet de la Loire a donné délégation à M. D E, sous-préfet de Saint-Etienne, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les arrêtés portant assignation à résidence Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision de refus de séjour doit être écarté en toutes ses branches.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Selon l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
6. L'arrêté en litige, qui reproduit les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 et celles de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise le 10 juillet 2023 et notifiée le même jour. Il indique que l'intéressé est dépourvu de tout document d'identité ou de voyage, qu'il n'est pas possible de mettre immédiatement à exécution la mesure d'éloignement et qu'il est nécessaire d'obtenir un laissez-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle de son départ. L'arrêté en conclut qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction en vigueur jusqu'au 28 janvier 2024 et résultant de l'ordonnance du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
8. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
9. En l'espèce, le préfet de la Loire a fait application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur jusqu'au 28 janvier 2024. Ces dispositions ont été modifiées par la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration et ne sont dès lors plus applicables à la date de l'arrêté en litige. Toutefois, cet arrêté trouve son fondement légal dans les nouvelles dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, il y a lieu de substituer cette base légale à celle retenue à tort par le préfet, dès lors que celui-ci dispose du même pouvoir d'appréciation et que cette substitution n'a pas pour effet de priver M. A d'une garantie.
10. En quatrième lieu, le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant. S'il a indiqué à la barre avoir exécuté cette mesure, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. Il pouvait, dès lors, être assigné sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commis à ce titre le préfet de la Loire doit être écarté.
11. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 septembre 2024.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F A, au préfet de la Loire, et à Me Thinon.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
La magistrate désignée,
O. VIOTTILa greffière,
F. GAILLARD
La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2409042
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