Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409059

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409059
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. C E, ressortissant algérien, contestant l'arrêté préfectoral du 19 juillet 2024 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, la délégation de signature étant régulière. Il a jugé la décision de refus de séjour suffisamment motivée et a estimé qu'elle ne méconnaissait ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni l'article 6-1 de l'accord franco-algérien, ni l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. En conséquence, l'ensemble des conclusions de M. C E, y compris celles relatives à l'obligation de quitter le territoire et à l'interdiction de retour, ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2024, M. D C E, représenté par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2024 par lequel le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé une interdiction du territoire français d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de le munir d'une carte de séjour " vie privée et familiale " ou subsidiairement " salarié " ou " travailleur temporaire " et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous 8 jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous 8 jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son profit en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;

En ce qui concerne la décision refusant un titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;

- le refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire :

- l'illégalité du refus de titre qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est insuffisamment motivée ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français critiquée entache d'illégalité la décision fixant son pays de destination ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Clément, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, ressortissant algérien né le 12 décembre 1969, est entré en France en 2013, selon ses déclarations, muni d'une carte de séjour espagnole valable jusqu'au 24 juillet 2020. Il demande l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2024 par lequel le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé une interdiction du territoire français d'un an.

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. B A Floc'h en sa qualité de secrétaire général adjoint de la préfecture de la Loire, qui avait reçu délégation à cet effet par arrêté préfectoral 19 juin 2023 publié le 20 juin 2023 au recueil des actes administratifs accessible au juge comme aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions doit donc être écarté.

Sur la décision refusant un titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ainsi que l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et expose les raisons pour lesquelles M. C E ne peut obtenir la délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement. Elle comporte, ainsi, sans que le préfet ait à se prononcer sur chacune des pièces soumises à son appréciation, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant. () ".

5. M. C E fait valoir qu'il séjourne depuis plus de dix en France, où il s'est installé en septembre 2013 avec son épouse et leurs trois enfants, lesquels sont scolarisés, et qu'il est employable et bien intégré. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé et son épouse séjournaient en Espagne lorsqu'ils ont sollicité et obtenu des autorités algériennes à Barcelone la délivrance de passeports en mars 2015 et ne seraient entrés en France, en dernier lieu, qu'en novembre 2016. Ainsi, M. C E ne justifie pas avoir eu une résidence stable en France avant cette date. Il s'est délibérément maintenu en situation irrégulière dans ce pays sans effectuer de démarche en vue de la régularisation de sa situation administrative avant le 2 août 2018. Par ailleurs, il ne justifie ni même n'allègue disposer d'attaches sur le territoire français autres que sa propre cellule familiale et il n'établit pas y avoir tissé des liens personnels de nature à lui conférer un droit au séjour dans ce pays. Dès lors, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, et notamment en Algérie, pays dont tous les membres du foyer ont la nationalité, où le requérant a vécu la majeure partie de sa vie et où rien ne permet de considérer que les enfants seraient dans l'impossibilité de poursuivre une scolarité normale. Enfin, s'il se prévaut d'avoir occupé un emploi de manœuvre dans le cadre de contrats à durée déterminée depuis 2018 puis de contrat à durée indéterminée ainsi que de l'emploi depuis 2022 de son épouse dans une entreprise de nettoyage, cette circonstance ne suffit pas à caractériser une insertion socioprofessionnelle particulière en France. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision contestée ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus. Elle ne méconnaît dès lors pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Il ressort des pièces du dossier que rien ne s'oppose à ce que les enfants du requérant et leur mère l'accompagnent en Algérie ou en Espagne, où ils pourront être scolarisés. Dès lors, la décision de refus contestée ne porte pas atteinte à leur intérêt supérieur au sens des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. En l'absence d'illégalité de la décision refusant un titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. La décision en litige vise les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le requérant n'encourt pas de traitements contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, elle comporte ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, la décision interdisant à M. C E de revenir sur le territoire français pendant un an vise notamment les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que sa présence sur le territoire français ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que la mesure ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. Cette décision comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7 les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfants ainsi que celui tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. C E doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D C E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C E et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 12 novembre 2024.

Le président-rapporteur,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

A. Duca

Le greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,