Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409139
mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409139 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2024, M. B A, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats et Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ainsi que de faire procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard également ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décision attaquées :
- elles sont entachées d'incompétence ;
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète du Rhône d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il justifie résider habituellement en France depuis plus de dix ans ;
- elle est illégale, dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence algérien de plein droit sur le fondement des stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète du Rhône d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète du Rhône d'avoir pleinement exercé sa compétence ;
- elle est entachée d'erreurs d'appréciation, dès lors que son comportement n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public et qu'il justifie de garanties de représentation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant deux ans :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;
En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, première conseillère.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Gros,
- et les observations de Me Bescou, représentant M. A, présent, qui a repris les conclusions et les moyens de la requête.
La préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 26 juillet 1969, est entré en France au cours de l'année 2013. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés du 8 juin 2015. Par un arrêté du 10 avril 2019, dont la légalité a été confirmée par le tribunal, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français au plus tard le 10 juillet 2019 et a fixé le pays de destination. Le 2 septembre 2024, M. A a été placé en garde à vue. Par des arrêtés du 2 septembre 2024, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, d'une part, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, d'autre part.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
3. L'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.
4. Dans le cadre de la présente instance, M. A produit des documents relatifs à son suivi médical, à l'hébergement et à l'accompagnement social de sa famille, à ses démarches administratives et juridiques et à la scolarisation de ses enfants ainsi que des relevés de comptes bancaires, dont l'authenticité n'est pas contestée par la préfète du Rhône en défense et qui, eu égard à leur origine, à leur nombre et à leur répartition sur l'ensemble de l'année civile pour chaque année considérée, permettent d'établir que l'intéressé résidait en France depuis plus de dix ans à la date de l'obligation de quitter le territoire français en litige. Par ailleurs, les seules mentions de l'arrêté attaqué selon lesquelles M. A a été placé en garde à vue le 2 septembre 2024 pour des faits de violence aggravée, qui ne sont étayées par la production d'aucune pièce, ne suffisent pas à considérer que la présence en France du requérant serait constitutive d'une menace pour l'ordre public. Dès lors que M. A remplit les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence algérien de plein droit sur le fondement des stipulations précitées du paragraphe 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et en l'absence, en l'état du dossier, de menace à l'ordre public caractérisée, la préfète du Rhône ne pouvait légalement prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de la préfète du Rhône du 2 septembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant deux ans et l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
7. Le présent jugement, qui annule l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de M. A, implique qu'il soit enjoint à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de sa notification et de le munir, durant le temps de ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour conformément aux dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour
des étrangers en France et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction
de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins
de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret n° 2016-569 du 28 mai 2010 visé ci-dessus : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas () d'extinction du motif de l'inscription. () ".
9. L'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans prononcée à l'encontre de M. A implique qu'il soit enjoint à la préfète du Rhône de mettre en œuvre la procédure d'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir les injonctions prononcées aux points 8 et 9 d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté du 2 septembre 2024 par lequel la préfète du Rhône a obligé M. A à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est annulé.
Article 2 : L'arrêté du 2 septembre 2024 par lequel la préfète du Rhône a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Rhône, d'une part, de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour et, d'autre part, de faire procéder à l'effacement du signalement de l'intéressé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans le même délai.
Article 4 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.
La magistrate désignée,
R. Gros
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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