Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409174

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion sans délai de Mme A, ressortissante albanaise en situation irrégulière, du logement d'urgence qu'elle occupait à Bourg-en-Bresse. La solution retenue est fondée sur l'urgence et l'utilité de la mesure, justifiées par la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence dans l'Ain, l'intéressée ne faisant valoir aucune vulnérabilité particulière. Le juge a autorisé la préfète à requérir la force publique passé un délai de cinq jours. Les articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ont été appliqués.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, la préfète de l'Ain demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner sans délai l'expulsion de Mme C A du logement qu'elle occupe au sein de la résidence Auguste Renoir à Bourg-en-Bresse et gérée par l'association Alfa3a et de l'autoriser à défaut de départ dans les cinq jours à expulser l'intéressée avec le concours de la force publique.

Elle soutient que :

- Mme A se maintient irrégulièrement dans un hébergement mis à sa disposition au titre de l'aide sociale ; elle est en séjour irrégulier en France et, par ailleurs, n'a fait valoir aucune vulnérabilité particulière ;

- le maintien de l'intéressée dans un hébergement d'urgence compromet le fonctionnement du service alors que celui-ci est saturé, 151 ménages n'ayant pu avoir de réponse positive en juin 2024 et le service recevant 30 demandes en urgence par jour, alors qu'il ne peut en répondre qu'à une en moyenne ;

- il y a urgence et utilité à cette mesure ; aucune contestation sérieuse ne s'y oppose.

La requête a été communiquée à Mme A, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience, M. B a lu son rapport.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Il résulte de ces dispositions que le juge des référés peut prescrire toutes mesures que l'urgence justifie à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement d'urgence, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

3. Par ailleurs, et aux termes du premier alinéa de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. "

4. Il résulte de l'instruction que Mme A, ressortissante albanaise née en 1987, a été admise au bénéfice d'une mesure d'aide sociale en matière de logement, suite au rejet de sa demande de titre de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français, et a été hébergée au sein de la résidence Auguste Renoir de Bourg-en-Bresse. Cette prise en charge ayant cessé en mai 2024, elle a été mise en demeure, le 13 mai 2024, de quitter les lieux dans un délai de quinze jours.

5. Pour justifier de la situation d'urgence à expulser les intéressés de leur logement, la préfète de l'Ain fait valoir que le dispositif d'hébergement d'urgence est saturé dans le département de l'Ain, 151 ménages n'ayant pu avoir de réponse positive à leur demande au cours du mois de juin 2024, dont plusieurs familles avec des enfants mineurs, et des personnes présentant des pathologies lourdes. Il ne résulte pas de l'instruction que cette situation aurait favorablement évolué depuis cette date et Mme A n'apporte aucune contestation utile sur ce point. Enfin, celle-ci, qui n'a pas produit d'observations, n'a fait état d'aucune vulnérabilité particulière ni d'aucun motif qui ferait obstacle à la mesure d'expulsion sollicitée.

6. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à Mme A de libérer sans délai le logement qu'elle occupe au sein de la résidence Auguste Renoir de Bourg-en-Bresse. Faute pour l'intéressée d'avoir libéré les lieux à l'issue d'un délai de cinq jours, la préfète de l'Ain pourra requérir le concours de la force publique pour procéder à cette expulsion.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme A de libérer sans délai le logement qu'elle occupe dans la résidence Auguste Renoir à Bourg-en-Bresse.

Article 2 : La préfète de l'Ain est autorisée, à l'expiration d'un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, à faire procéder d'office à l'expulsion de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la préfète de l'Ain et à Mme C A.

Fait à Lyon, le 7 octobre 2024.

Le juge des référés,

T. B

La greffière,

F. GaillardLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,