Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409175

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, saisi en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion de M. et Mme F du logement d'urgence qu'ils occupent irrégulièrement à Dortan. La préfète de l'Ain justifiait l'urgence par la saturation du dispositif d'hébergement, tandis que les occupants invoquaient l'état de santé de leur fils autiste. Le juge a estimé que leur situation ne caractérisait pas une détresse médicale ou sociale au sens de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, et que la demande d'expulsion ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Un délai de cinq jours a été accordé avant le concours de la force publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, la préfète de l'Ain demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner sans délai l'expulsion de M. C F et Mme B E épouse F du logement qu'ils occupent au sein de la résidence Bellevue à Dortan et gérée par l'association Alfa3a et de l'autoriser à défaut de départ dans les cinq jours à expulser les intéréssés avec le concours de la force publique.

Elle soutient que :

- M. et Mme F se maintiennent irrégulièrement dans un hébergement mis à leur disposition au titre de l'aide sociale ; ils sont en séjour irrégulier en France et, par ailleurs, ne justifient d'aucune vulnérabilité particulière ;

- le maintien des intéressés dans un hébergement d'urgence compromet le fonctionnement du service alors que celui-ci est saturé, 151 ménages n'ayant pu avoir de réponse positive en juin 2024 et le service recevant 30 demandes en urgence par jour, alors qu'il ne peut en répondre qu'à une en moyenne ;

- il y a urgence et utilité à cette mesure ; aucune contestation sérieuse ne s'y oppose.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, M. et Mme F demandent que leur soit accordé un délai suffisant pour quitter cet hébergement.

Ils soutiennent avoir entrepris des démarches pour trouver un autre hébergement ; ils souffrent tous deux de pathologies chroniques, notamment d'hypertension et leur fils présente une pathologie lourde et invalidante, étant autiste sévère et épileptique ; ils ne peuvent ni vivre dans un hôtel ni à l'étage, compte tenu de l'état de santé de leur fils et d'un risque de défenestration ; leur enfant est scolarisé avec une AESH et tout changement d'école exigerait plusieurs mois de délai pour qu'il puisse bénéficier d'une nouvelle aide ; ils justifient ainsi de circonstances exceptionnelles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu les observations de M. F, qui a repris ses conclusions et moyens, et fait valoir en outre qu'il souhaite rester dans son hébergement jusqu'à la réunion de suivi de scolarisation de son fils, qui doit se tenir le 28 novembre 2024, au cours de laquelle sera examinée la question de la scolarisation de son fils.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Il résulte de ces dispositions que le juge des référés peut prescrire toutes mesures que l'urgence justifie à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement d'urgence, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

3. Par ailleurs, et aux termes du premier alinéa de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. "

4. Il résulte de l'instruction M. et Mme F, ressortissants algériens, sont entrés en France en janvier 2020 avec leur fils né en 2015. En août 2021, ils ont été admis provisoirement à une mesure d'aide sociale en matière de logement. Par des arrêtés du 4 avril 2023, devenus définitifs, ils ont fait l'objet de décisions les obligeant à quitter le territoire français. Le 12 juin 2024, la préfète de l'Ain leur a notifié une décision de fin de prise en charge et les a mis en demeure de quitter leur logement. M. et Mme F occupent ainsi désormais irrégulièrement un hébergement au sein de la résidence Bellevue de Dortan.

5. Pour justifier de la situation d'urgence à expulser les intéressés de leur logement, la préfète de l'Ain fait valoir que le dispositif d'hébergement d'urgence est saturé dans le département de l'Ain, 151 ménages n'ayant pu avoir de réponse positive à leur demande au cours du mois de juin 2024, dont plusieurs familles avec des enfants mineurs, et des personnes présentant des pathologies lourdes. Il ne résulte pas de l'instruction que cette situation aurait favorablement évolué depuis cette date et les défendeurs n'apportent aucune contestation utile sur ce point.

6. Pour justifier leur maintien dans les lieux, M. et Mme F font état de la difficulté pour eux de retrouver un logement, compte tenu notamment des troubles dont est affecté leur fils, âgé de 9 ans, qui souffre de troubles du spectre autistiques sévères associés à des troubles somatiques neurologiques de type épileptiques, ce qui les oblige à avoir un appartement en rez-de-chaussée et bien insonorisé. Ils font valoir également la nécessité pour eux de rester à proximité de l'établissement où est scolarisé leur fils, à D, où il bénéficie de l'aide d'une AESH. Toutefois, les intéressés ne justifient pas ainsi se trouver dans une situation de détresse médicale, psychique ou sociale au sens des dispositions du code de l'action sociale et des familles. Dans ces conditions, la mesure sollicitée ne se heurte pas à une contestation sérieuse.

7. Toutefois, compte tenu de la présence de leur jeune enfant et des troubles sévères dont il est affecté, ainsi que de l'absence de solution de logement immédiate il y a lieu d'enjoindre à M. et Mme F de libérer le logement qu'ils occupent au sein de la résidence Bellevue de Dortan dans un délai d'un mois.

8. En l'absence de départ volontaire à l'expiration de ce délai, il y a lieu d'autoriser la préfète de l'Ain à faire procéder d'office à l'expulsion des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. et Mme F de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent avec leur enfant à la résidence Bellevue située à Dortan et géré par l'association Alfa3a.

Article 2 : La préfète de l'Ain est autorisée, à l'expiration de ce délai, à faire procéder d'office à l'expulsion des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la préfète de l'Ain ainsi qu'à M. C F et Mme B E épouse F.

Fait à Lyon, le 8 octobre 2024.

Le juge des référés,

T. A

La greffière,

F. GaillardLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,