Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409187
lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409187 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, la préfète de l'Ain demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. B et de Mme A du logement qu'ils occupent au sein de la résidence Bellevue à Dortan (Ain) et gérée par l'association Alfa3a et de l'autoriser à défaut de départ dans les cinq jours à expulser les intéressés avec le concours de la force publique.
Elle soutient que :
- M. B et Mme A ont été hébergés au sein de la résidence Bellevue au bénéfice d'une mesure d'aide sociale en matière de logement renouvelée jusqu'au 2 septembre 2020 ; ils se sont maintenus dans le lieu d'hébergement malgré une mise en demeure qui leur a été adressée le 9 août 2024 ;
- le maintien des intéressés dans les lieux compromet le fonctionnement normal de l'organisme alors que de nombreux demandeurs d'hébergement d'urgence sont en attente d'un logement ;
- il y a urgence et utilité à cette mesure ; aucune contestation sérieuse ne s'y oppose.
La requête a été communiquée à M. B et Mme A, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 27 septembre 2024 à 10 heures, en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Rizzato ;
- les observations de M. B qui indique que sa fille est malade et demande un délai pour quitter son hébergement.
La préfète de l'Ain n'étant ni présente ni représentée.
Les parties ont été informées, à l'issue de l'audience, qu'en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été reportée au 27 septembre 2024 à 15 heures.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
2. Il résulte de ces dispositions que le juge des référés peut prescrire toutes mesures que l'urgence justifie à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Il incombe au juge des référés du tribunal, saisi de la présente demande d'expulsion d'occupants d'un logement situé dans un centre d'hébergement d'urgence, de prendre en compte, d'une part, la nécessité d'assurer le fonctionnement normal et la continuité du service public dont l'administration a la charge et, d'autre part, la situation des occupants en cause, ainsi que les exigences qui s'attachent au respect de leur dignité et de leur vie privée et familiale.
3. Par ailleurs, et aux termes du premier alinéa de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. "
4. Il résulte de l'instruction que M. B et Mme A, ressortissants géorgiens, font l'objet de décisions portant obligation de quitter le territoire français, se maintenant ainsi irrégulièrement sur le territoire français. Ils se sont vu attribuer un logement avec leurs enfants dans un centre d'hébergement d'urgence géré par l'association Alfa3a, à Dortan, dans le cadre d'une mesure d'aide sociale qui a pris fin en septembre 2020, et se sont maintenus dans les lieux malgré la mise en demeure de quitter la structure qui leur a été adressée le 9 août 2024.
5. Pour justifier de l'urgence et de l'utilité de la mesure, la préfète de l'Ain fait valoir que le dispositif d'hébergement d'urgence est saturé dans le département de l'Ain, 151 ménages n'ayant pu avoir de réponse positive à leur demande au cours du mois de juin 2024, dont plusieurs familles avec des enfants mineurs, et des personnes présentant des pathologies lourdes. Dans ces conditions, l'insuffisance structurelle du nombre de places d'hébergement dans le département, y compris à la date de la présente ordonnance, résulte de l'instruction, de sorte que le caractère d'urgence de la mesure, ainsi que son utilité sont établis.
6. M. B et Mme A, qui se bornent à indiquer qu'il leur faut du temps pour trouver un autre hébergement et se prévalent de l'état de santé de leur fille, n'établissent pas, par les éléments qu'ils produisent, que la mesure sollicitée se heurterait à une contestation sérieuse.
7. Toutefois, compte tenu de la présence de jeunes enfants et de l'absence de solution immédiate de relogement, il y a lieu d'enjoindre à M. B et Mme A de quitter le logement qu'ils occupent au sein de la résidence Bellevue à Dortan dans un délai de trois semaines à compter de la notification de la présente ordonnance.
8. En l'absence de départ volontaire à l'expiration de ce délai, il y a lieu d'autoriser la préfète de l'Ain à faire procéder d'office à l'expulsion des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. B et Mme A de libérer dans un délai de trois semaines le logement qu'ils occupent dans la résidence Bellevue située au 12 rue Bellevue à Dortan.
Article 2 : Faute pour M. B et Mme A d'avoir libéré les lieux à l'expiration de ce délai de trois semaines, la préfète de l'Ain pourra procéder d'office à leur expulsion au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la préfète de l'Ain ainsi qu'à M. D B et de Mme C A
Fait à Lyon le 30 septembre 2024.
La juge des référés,
C. Rizzato
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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