Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409208
jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409208 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | ZOCCALI |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2024, M. C D demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles ne sont pas suffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit, faute pour la préfète du Rhône d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle est illégale, dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence algérien de plein droit sur le fondement des stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant deux ans :
- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète du Rhône d'avoir pris en compte l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, première conseillère.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 18 septembre 2024, Mme Gros a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Zoccali, représentant M. D, qui reprend les conclusions et les moyens de la requête, à l'exception du vice d'incompétence, expressément abandonné, précise que M. D et Mme A ont emménagé au 35 rue Cavenne dans le 7ème arrondissement de Lyon au mois d'octobre 2023 et ajoute que la décision interdisant à M. D de revenir sur le territoire français pendant deux ans est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- les observations de M. D, assisté de M. G, interprète en langue arabe, qui, interrogé sur ces points, indique qu'il a été condamné le 11 janvier 2022 par la cour d'appel de Lyon à quatre mois d'emprisonnement pour être entré par effraction dans une voiture afin d'y passer la nuit " en 2019 ou en 2020 " et affirme ne pas souhaiter se séparer de Mme A, malgré les " difficultés " rencontrées par le couple ;
- et les observations de Mme F, représentant la préfète du Rhône, qui reprend les termes du mémoire en défense présenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Des notes en délibéré présentées pour M. D ont été enregistrées le 18 septembre 2024.
Une note en délibéré présentée par la préfète du Rhône a été enregistrée le 18 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant algérien né le 16 mai 1990, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :
4. Ni les termes des décisions attaquées, ni aucune autre pièce du dossier, ne permettent de considérer que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé, pour chaque décision, à un examen particulier et complet de la situation personnelle de M. D et aurait, ainsi, commis une erreur de droit.
En ce qui concerne la décision obligeant M. D à quitter le territoire français :
5. Aux termes de L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".
6. En premier lieu, la décision obligeant M. D à quitter le territoire français vise notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que la demande d'asile présentée par l'intéressé a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 11 décembre 2018, tandis que sa demande de réexamen a été jugée irrecevable par l'Office le 27 juillet 2021, et précise que tant sa relation avec la mère de sa fille que sa contribution à l'éducation et l'entretien de l'enfant, âgée de deux ans, ne sont pas démontrées. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
8. L'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. D a eu avec Mme A, ressortissante française, une fille, prénommée E, née le 19 juillet 2022, qu'il a reconnue après sa naissance et aux besoins de laquelle il doit, dès lors, justifier subvenir depuis cette date ou depuis au moins un an pour pouvoir prétendre à la délivrance d'un certificat de résidence algérien de plein droit sur le fondement des stipulations précitées du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. A cet égard, si le requérant soutient résider auprès de la mère et de l'enfant depuis le mois d'octobre 2023, soit au demeurant depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée, les factures de la crèche adressées à " Mme D/A " au 35 rue Cavenne dans le 7ème arrondissement de Lyon ainsi les factures de téléphonie mobile et les documents médicaux au nom de M. D mentionnant la même adresse versés aux débats n'attestent pas de façon suffisamment probante que l'intéressé vivrait avec Mme A et leur fille à cette adresse, qui est celle d'un foyer de jeunes travailleurs. En outre, Mme A a fourni des déclarations contradictoires sur ce point, indiquant aux services de police, intervenus à sa demande le 11 septembre 2024, " avoir ouvert à son ex compagnon () pour qu'il voit sa fille " lequel a ensuite refusé de quitter les lieux lorsqu'elle lui a demandé de le faire, tout en affirmant, par une attestation non signée établie pour les besoins de la présente instance, que M. D et elle-même " [habitent] ensemble depuis bientôt un an et que ça se passe très bien ". En l'absence de communauté de toit, les factures de la crèche pour les mois de novembre et de décembre 2023 d'un montant de 0,94 euros, au demeurant adressées à " Mme D/A " comme indiqué plus haut, ainsi que l'attestation susmentionnée de Mme A ne sauraient, par ailleurs, démontrer que le requérant subviendrait aux besoins de sa fille E depuis sa naissance ou depuis au moins un an. Dès lors, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il remplirait les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence algérien de plein droit sur le fondement des stipulations précitées du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné à six mois d'emprisonnement le 18 mars 2019 pour des faits de recel de bien provenant d'un vol, vol aggravé par deux circonstances et vol en réunion, à deux mois d'emprisonnement le 10 avril 2019 pour des faits de recel de bien provenant d'un vol et à neuf mois d'emprisonnement le 4 janvier 2021 pour des faits de vol aggravé par deux circonstances en récidive. Eu égard à la nature et au caractère répété de ces infractions, la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la préfète du Rhône pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. M. D déclare être entré en France au mois d'octobre 2018, soit près de six ans avant l'intervention de la décision attaquée. S'il fait valoir qu'il vit maritalement avec Mme A, de nationalité française, ainsi que leur fille, âgée de deux ans, ni la communauté de vie des intéressés, ni la contribution du requérant à l'éducation et à l'entretien de son enfant ne sont établies de manière probante. Par ailleurs, M. D n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où il a vécu l'essentiel de son existence. Il ressort, enfin, de ce qui a été dit au point 9 que la présence en France de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et méconnaîtrait, ainsi, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : aux termes l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. Ainsi qu'il a été dit plus haut, M. D n'établit pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de sa fille mineure. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision refusant à M. D un délai de départ volontaire :
14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
15. En premier lieu, la décision refusant d'accorder à M. D un délai de départ volontaire vise notamment les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public, en rappelant les signalements dont il fait l'objet, les condamnations prononcées à son encontre ainsi que son interpellation et son placement en garde à vue le 11 septembre 2024 dans le cadre d'une fiche de recherche pour l'exécution d'une peine de quatre mois d'emprisonnement, et ajoute qu'en l'absence de circonstances particulières, il existe un risque que l'intéressé, qui n'a pas exécuté la mesure d'éloignement édictée à son encontre le 14 novembre 2018 et ne justifie pas d'un hébergement stable et établi sur le territoire français, se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
16. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que le comportement de M. D constitue une menace pour l'ordre public. L'intéressé s'est, par ailleurs, soustrait à l'exécution de la mesure d'éloignement édictée à son encontre le 14 novembre 2018. Les débats n'ont, en outre, pas permis d'établir qu'il résiderait au 35 rue Cavenne dans le 7ème arrondissement de Lyon ainsi qu'il l'allègue. Dans ces conditions, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, la préfète du Rhône n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. La décision fixant le pays à destination duquel M. D pourra être éloigné d'office vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique la nationalité de l'intéressé et précise qu'il n'établit pas que sa vie ou sa liberté serait menacée, ni qu'il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans le cadre de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
En ce qui concerne la décision interdisant à M. D de revenir sur le territoire français pendant deux ans :
18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
19. En premier lieu, la décision interdisant à M. D de revenir sur le territoire français pendant deux ans vise notamment les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève l'absence de circonstances humanitaires et indique que si l'intéressé déclare être entré en France au mois d'octobre 2018, il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement édictée le 14 novembre 2018, que ni sa relation avec la mère de sa fille ni sa contribution à l'éducation et l'entretien de l'enfant, âgée de deux ans, ne sont démontrées et que son comportement, précédemment détaillé, constitue une menace pour l'ordre public. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
20. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que contrairement à ce que soutient M. D, la préfète du Rhône a pris en compte l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a, ainsi, commis aucune erreur de droit.
21. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant deux ans.
22. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à l'interdiction de revenir sur le territoire français pendant deux ans, être écarté pour les mêmes motifs que précédemment, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français.
23. En cinquième lieu, compte-tenu des circonstances rappelées au point 9, ainsi que de la précédente obligation de quitter le territoire français visant M. D, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
24. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision interdisant à M. D de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans emporterait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation de l'intéressé, qui dispose en tout état de cause de la possibilité d'en demander l'abrogation.
25. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 septembre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur les frais liés au litige :
26. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie de ses frais d'instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. D doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète du Rhône.
Copie en sera adressée à l'association Forum Réfugiés - Cosi.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La magistrate désignée,
R. Gros
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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