Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409318

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGILLIOEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête en référé de Mme C, ressortissante indienne, qui demandait d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer son visa "passeport talent" sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. La requérante invoquait l'urgence face à l'impossibilité d'utiliser le téléservice de l'ANEF pour déclarer son entrée en France, nécessaire à l'obtention d'un titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour Mme C d'avoir préalablement saisi la préfecture d'une demande de solution de substitution, comme le prévoit l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2024, Mme A C, représentée par Me Gillioen, demande au juge des référés du tribunal :

1°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enregistrer son visa et de lui délivrer un numéro AGDREF, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; elle a essayé en vain, à plusieurs reprises, de faire enregistrer son visa " passeport talent " sur le site de l'ANEF, depuis le 30 juillet 2024, et en dernier lieu le 17 septembre 2024 ; cette validation est obligatoire pour qu'elle puisse déposer une demande de carte de séjour pluriannuelle ; elle va se retrouver en situation irrégulière en France, alors qu'elle doit se rendre en Italie en octobre pour des motifs professionnels ;

- la mesure sollicitée est utile, ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative et la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. D'une part, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont dispensés de souscrire une demande de carte de séjour : () / 10° Les étrangers mentionnés aux articles L. 421-9 à L. 421-11 () séjournant en France sous couvert d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois et au plus égale à un an et portant la mention " passeport talent ", pendant la durée de validité de ce visa ; / (). " Aux termes de l'article R. 431-17 du même code : " Les visas mentionnés aux 6° à 18° de l'article R. 431-16 permettent à leur titulaire de séjourner en France au-delà d'une période de trois mois et dans les limites de durée mentionnées au même article, à la condition que l'intéressé, dans un délai de trois mois à compter de la date de son entrée en France, déclare notamment la date de cette entrée et le domicile qui y est le sien, au moyen d'un téléservice, dans les conditions prévues par arrêté du ministre chargé de l'immigration. / Cet arrêté précise les modalités d'utilisation du téléservice accessible par internet. " Aux termes de l'article R. 431-18 du même code : " Les étrangers mentionnés aux 6° à 11° et 13° à 18° de l'article R. 431-16 qui souhaitent se maintenir en France au-delà des limites de durée mentionnées au même article sollicitent une carte de séjour temporaire ou une carte de séjour pluriannuelle dans les conditions fixées au 1° de l'article R. 431-5. (). "

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. / () En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent () se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci. "

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, ressortissante indienne née en 1991 est entrée en France sous couvert d'un passeport visa passeport talent délivré le 5 juin 2024. Il résulte de l'instruction qu'elle a, dans le délai de trois mois à compter de son entrée en France, tenté en vain de déclarer sa date d'entrée et son domicile via le téléservice de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), ainsi que le requièrent les dispositions susmentionnées au point 2, et qu'en raison des dysfonctionnements du téléservice concerné, elle n'a pu mener à son terme et valider cette formalité. Si elle fait valoir qu'elle a effectué plusieurs tentatives depuis le 30 juillet 2024 sur ce site, ainsi qu'une démarche auprès des services gestionnaires du téléservice, elle n'a jamais saisi la préfecture du Rhône de ses difficultés et n'a pas demandé la mise en place d'une procédure de substitution, pour que les services de la préfecture prennent en charge sa demande. Dans ces conditions, faute de justifier d'une vaine démarche avant de saisine du juge tendant à ce qu'une mesure d'injonction soit formée à l'encontre de la préfète du Rhône, Mme C, quand bien même elle se verrait privée de la possibilité de se rendre en Italie pour des motifs professionnels, ce dont elle ne justifie d'ailleurs pas, n'établit pas que la condition d'urgence à laquelle est subordonnée l'application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative serait remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 8 octobre 2024.

Le juge des référés,

T. B

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,