Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409431
jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409431 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2024, M. A C, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier avocats et associés, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 13 septembre 2024 par lesquelles le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
3°) d'annuler la décision du 13 septembre 2024 par laquelle la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer sa situation et de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
-les décisions attaquée sont entachées d'incompétence de leurs signataires ;
-l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
-cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
-elle est entachée d'illégalité dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance d'un certificat de résidence de plein droit, sur le fondement du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle il est fondé ;
-cette décision est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru lié par les hypothèses visées par l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de circonstances particulières constituées par sa durée de séjour en France, sa tentative de régularisation de son séjour sur le territoire national et le recours pendant devant le tribunal, formé contre le refus d'admission au séjour opposé par le préfet de la Loire ;
- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, ni la circonstance que sa durée de résidence en France ne serait pas établie, ni celle que ses ressources seraient illicites, ne permet de caractériser un risque de soustraction à la mesure d'éloignement ; la circonstance qu'il a fait l'objet d'un refus d'admission au séjour ne permet pas davantage de caractériser un tel risque ;
- elle est entachée de plusieurs erreurs de fait ; il n'a pas déclaré refuser de se conformer à la mesure d'éloignement ; il dispose d'un passeport et d'un hébergement stable ;
-la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est illégale du fait de l'illégalité des décisions d'obligation de quitter le territoire français sans délai sur lesquelles elle est fondée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- elle est entachée d'erreurs de fait et d'un défaut d'examen de ses attaches familiales sur le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
-elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité des décisions d'obligation de quitter le territoire français sans délai sur lesquelles elle est fondée ;
- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il réside, non pas dans le département du Rhône, mais dans le département de la Loire.
Par un mémoire, enregistré le 24 septembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Bescou, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que dans la requête, par les mêmes moyens, et déclare renoncer au moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées, ainsi qu'au moyen tiré de l'erreur de fait entachant la décision d'assignation à résidence dans le département du Rhône ;
- et les observations de M. C.
Le préfet de l'Isère et la préfète du Rhône n'étaient ni présents, ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant algérien né le 27 avril 1982, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 9 décembre 2007. Par décisions du 13 septembre 2024, dont M. C demande l'annulation, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Il demande également l'annulation de la décision du 13 septembre 2024 par laquelle la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, le préfet ne peut légalement obliger un étranger à quitter le territoire français si celui-ci réunit les conditions d'attribution d'un titre de séjour délivré de plein droit. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / 1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".
4. L'arrêté attaqué indique notamment que M. C, de nationalité tunisienne, déclare résider en France depuis 17 ans sans en apporter la preuve et ne justifie pas de liens intenses, stables et anciens sur le territoire français dès lors qu'il est séparé de la mère de ses enfants et qu'il n'a pas la charge de ces derniers. L'acte en litige précise en outre que l'intéressé a fait l'objet, le 22 décembre 2023, d'un refus de certificat de résident et que l'examen de sa situation ne justifie pas l'octroi d'un droit au séjour. Ainsi, il ne ressort ni des termes de l'acte attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation de M. C, en particulier au regard de sa durée de résidence et de ses attaches sur le territoire français, de l'atteinte que pourrait porter la décision attaquée à l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi qu'au regard d'un éventuel droit au séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit, par suite, être écarté en toutes ses branches.
5. En deuxième lieu, si M. C déclare résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, il ne produit, au titre des années 2014, 2015 et 2016, que des factures, des billets de train et de bus, quelques ordonnances médicales et une attestation de suivi d'une formation de conduite des motocyclettes. Ces pièces, compte tenu de leur nature peu variée et peu probante, ne suffisent pas à établir une résidence habituelle de l'intéressé en France sur la période concernée. Dans ces conditions, M. C ne justifie pas d'une résidence habituelle en France depuis plus de 10 ans. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Isère ne pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français sans méconnaitre les dispositions du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien prévoyant les conditions de délivrance d'un certificat de résident de plein droit doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. C se prévaut d'une durée de résidence de plus de dix années en France et soutient qu'il justifie de fortes attaches sur le territoire français, étant le père de deux enfants nés et résidant en France, issus de son union avec une compatriote titulaire d'une carte de résident d'une durée de validité de dix ans. Toutefois, le requérant indique être séparé de la mère de ses enfants et n'établit pas entretenir une relation avec ces derniers. Il a d'ailleurs confirmé au cours de l'audience publique qu'il n'avait conservé aucun lien avec ses enfants. Enfin, il ne justifie d'aucune perspective d'insertion sociaux-professionnelle. Ainsi, bien que l'intéressé justifie de plusieurs années de résidence sur le territoire français, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard du but en vue duquel elle a été prise. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emportent la décision attaquée sur sa situation personnelle doit également être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale / () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Comme exposé au point 7, le requérant ne justifie pas entretenir des liens avec ses deux enfants résidants sur le territoire français. Par suite, la mesure d'éloignement prise à son encontre ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres au refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, compte tenu de ce qui vient d'être exposé s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 de ce code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Isère a fondé le refus de délai de départ volontaire opposé à M. C sur le risque de fuite de l'intéressé révélé par la circonstance, notamment, que ce dernier relevait du 5°) de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A cet égard, il n'apparait pas que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant et se serait cru en situation de compétence liée pour refuser à l'intéressé un délai de départ volontaire.
13. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre les 15 novembre 2017 et 26 octobre 2019 qu'il n'a pas exécutées. Contrairement à ce que soutient le requérant, ni sa durée de résidence en France, ni les démarches entamées pour régulariser son séjour et le recours formé contre le refus d'admission au séjour du préfet de la Loire, ne constituent des circonstances particulières, au sens des dispositions précitées, permettant de caractériser une absence de risque de soustraction à la mesure d'éloignement. Ainsi, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en retenant l'existence d'un tel risque, sur le fondement des dispositions du 5°) de l'article L. 612-3 précité. Le motif fondé sur ces dernières dispositions étant, à lui seul, de nature à justifier le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, l'éventuelle illégalité des autres motifs opposés par le préfet, sur le fondement des 1°), 4°) et 8°) de l'article L. 612-3 précité, ne sont pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que le motif légal fondé sur le 5°) de cet article. Par suite, les moyens tirés des erreurs de faits et de droit doivent être écartés.
En ce qui concerne le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :
14. Compte tenu de ce qui a été précédemment exposé s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
15. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été précédemment exposé s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de ces deux dernières décisions à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
16. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui indique que le requérant est séparé de son épouse et que, s'il déclare avoir deux enfants, il ne précise pas en avoir la charge, n'est entachée ni d'erreur de fait, ni d'un défaut d'examen des attaches familiales de M. C sur le territoire français.
17. En troisième lieux, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 de ce code prévoit que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
18. M. C, auquel aucun délai de départ volontaire n'a été accordé pour l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, tel qu'il a déjà été dit, s'il réside depuis plusieurs années en France, il n'établit pas entretenir des liens avec ses deux enfants vivant sur le territoire et ne justifie d'aucune autre attache, indiquant être séparé de leur mère. Ainsi, l'interdiction de retour sur le territoire français en litige ne méconnait, dans son principe, ni les stipulations citées aux points 6 du présent jugement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles citées au point 8 de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
19. Par ailleurs, égard aux circonstances précédemment exposées s'agissant des attaches dont se prévaut le requérant avec le territoire français, et de la circonstance qu'il n'a pas exécuté deux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre le 15 novembre 2017 et le 26 octobre 2019, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant la durée d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée à deux ans, ce alors même que le comportement de l'intéressé ne constituerait pas une menace pour l'ordre public.
20. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point précédent, il résulte de l'instruction que le préfet de l'Isère aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur la menace à l'ordre public qu'il a estimée caractérisée au regard des faits portés à sa connaissance dans le cadre d'une consultation des données personnelles figurant au fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ). Par suite, le moyen tiré du vice de procédure au regard de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen propre à la décision portant assignation à résidence :
21. Compte tenu de ce qui a été précédemment exposé s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de ces deux dernières décisions à l'encontre de la décision prononçant son assignation à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours.
22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation des décisions du 13 septembre 2024 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et de celles à fin d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : M. C est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de l'Isère et à la préfète du Rhône.
Copie en sera adressée à Me Bescou.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
La magistrate désignée,
M. B La greffière,
A. SENOUSSI
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère et à la préfète du Rhône en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
Une greffière,
N°2409431
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