Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409538
vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409538 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL LEGA CITE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 24 septembre 2024 et 10 octobre 2024, Mme D A, M. B C et Mme E G, représentés par la SELAS Cabinet Lega-Cité, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel le maire de Chassieu a accordé un permis de construire modificatif à M. H F pour la restructuration et l'extension d'une maison individuelle et la construction d'une piscine avec terrasse ;
2°) de mettre solidairement à la charge de la commune de Chassieu et de M. F la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient de leur intérêt à agir en qualité de voisins immédiats du projet de construction ;
- la condition d'urgence est présumée dans le cas de la délivrance d'un permis de construire ; le permis de construire modificatif en litige a implicitement abrogé l'arrêté interruptif de travaux en date du 5 mars 2024, et autorise ainsi la reprise des travaux ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :
* le permis de construire modificatif n°3 en litige est illégal par voie d'exception de l'illégalité du permis de construire initial ;
* le permis de construire initial a été obtenu par fraude ; la surface de plancher déclarée par le pétitionnaire est inexacte ; le projet ne peut être considéré comme une extension et constitue en réalité une nouvelle ; la présentation frauduleuse du projet a pour but d'échapper à la règlementation propre aux constructions nouvelles et de bénéficier des dérogations applicables aux extensions de construction ;
* le dossier de permis de construire présente de manière inexacte le terrain naturel comme un terrain plat à hauteur constante, ce qui a été de nature à fausser l'instruction menée par les services de la commune sur la conformité du projet à la règlementation applicable ;
* le permis de construire initial et les trois permis modificatifs, dont celui en litige, méconnaissent l'article 2.5.1.1 Uri2 du règlement du PLU-H, la hauteur de la façade Est étant supérieure aux 7 mètres maximum autorisés ;
* le permis de construire initial méconnait les articles 4.1.1 et 4.2.1.a Uri2 du règlement du PLU-H ; la construction projetée d'une maison d'architecture moderne est de nature à altérer l'harmonie et l'homogénéité des habitations du quartier et dénote avec la volumétrie des maisons existantes ;
* le permis de construire initial et les permis modificatifs méconnaissent l'article 2.2.1 Uri2 du règlement PLU-H, le projet de construction ne respectant pas le retrait imposé d'au moins 10 mètres par rapport à la limite de la zone A en façade Nord ; la modification apportée sur ce point est frauduleuse et vise uniquement à assurer la conformité du projet avec les règles du PLU-H ; la piscine étant une construction, elle ne pouvait être autorisée à moins de 10 mètres de la limite Nord, qui est une limite avec une zone A, compte tenu de la règle posée à l'article 2.2.1 Uri2 du règlement ;
* le permis de construire modificatif n° 3 en litige méconnait l'article 3.2.1 URi2 et l'article 3.2.1 de la partie I du règlement PLU-H, dès lors qu'il ne prévoit pas une surface de pleine terre d'un seul tenant d'une superficie suffisante ;
* la suppression de la surface de plancher du vide sanitaire dans le permis modificatif n° 3 en litige est frauduleuse ; ce vide sanitaire, dont l'accès n'est pas condamné, a vocation à être une pièce à part entière, or, la surface de plancher d'une cave doit être comptabilisée, pour apprécier notamment s'il s'agit d'une extension.
La requête a été communiquée à la commune de Chassieu et à M. F, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée sous le n° 2209042 par laquelle Mme A a demandé, par un mémoire en réplique, l'annulation de l'arrêté du maire de Chassieu en date du 23 juillet 2024 délivrant le permis modificatif n°3.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Senoussi, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Perrier, représentant Mme A et autres, qui a repris ses conclusions et moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
2. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 16 août 2022, le maire de Chassieu a délivré à M. F un permis de construire en vue de la restructuration et de l'extension d'une maison individuelle, sur un terrain situé rue Frédéric Chopin. Mme A et autres requérants, qui ont contesté cette autorisation, en ont également demandé la suspension, par un référé rejeté par ordonnance du 10 juillet 2023, au motif que cette requête en référé avait été présentée après la cristallisation des moyens dans le cadre du recours au fond, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Deux procès-verbaux d'infraction ont été dressés en janvier et février 2024 dans le cadre de l'exécution des travaux, et un arrêté interruptif de travaux a été pris le 5 mars 2024. Le 24 juin 2024, M. F a déposé une demande de permis de construire modificatif, en vue d'une régularisation des travaux exécutés en méconnaissance du permis de construire. Ce permis de construire modificatif a été délivré par arrêté du 23 juillet 2024 du maire de Chassieu. Mme A, M. C et Mme G demandent au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté.
3. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre () un permis de construire () ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. () ". Aux termes de l'article R. 600-5 du même code : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, () les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. Lorsqu'un permis modificatif, une décision modificative ou une mesure de régularisation est contesté dans les conditions prévues à l'article L. 600-5-2, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux à son encontre passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense le concernant. () ".
4. En l'état de l'instruction, et alors que l'essentiel des moyens de la requête tend en réalité à remettre en cause la légalité du permis de construire initial, dont les requérants avaient demandé tardivement la suspension de l'exécution ainsi qu'il a été dit au point 2, aucun des moyens invoqués par les requérants n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté de permis de construire modificatif délivré le 23 juillet 2024.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A et autres doit être rejetée, y compris les conclusions que les requérants présentent au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A et autres est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A, désignée représentante unique des requérants, à la commune de Chassieu et à M. H F.
Fait à Lyon, le 11 octobre 2024.
Le juge des référés,
T. Besse
La greffière,
A. Senoussi
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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