Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409569

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a été saisi par le préfet de la Loire, sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour ordonner l'expulsion de M. et Mme D d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) à Saint-Etienne. Le préfet soutenait que les intéressés, dont les demandes d'asile avaient été définitivement rejetées et qui faisaient l'objet de mesures d'éloignement, se maintenaient sans droit dans les lieux malgré des mises en demeure, compromettant ainsi l'accueil d'autres demandeurs d'asile. Le tribunal a fait droit à la demande, ordonnant l'expulsion des occupants sans titre du logement au sein du CADA, en application des dispositions précitées qui prévoient la fin de l'hébergement au terme du mois suivant la perte du droit au maintien sur le territoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2024, le préfet de la Loire demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. C et Mme B D du logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) Entraide Pierre Valdo, situé 7C rue Colette à Saint-Etienne sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de l'autoriser à défaut de départ à expulser les intéressés avec le concours de la force publique.

Il soutient que :

- les demandes d'asile présentées par M. et Mme D ont été rejetées ; ils ont fait l'objet de mesures d'éloignement dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Lyon par jugements du 31 mai 2024 ;

- ils se sont maintenus dans le lieu d'hébergement malgré les mises en demeure de quitter les lieux dont ils ont fait l'objet, en dernier lieu le 9 août 2024 ;

- le maintien des intéressés dans les lieux compromet le fonctionnement normal de l'organisme alors que de nombreux demandeurs d'asile sont en attente d'un logement ;

- l'état de santé de Mme D ne constitue pas une circonstance exceptionnelle nécessitant son maintien dans son hébergement ;

- il y a urgence et utilité à cette mesure ; aucune contestation sérieuse ne s'y oppose.

La requête a été communiquée à M. et Mme D, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 10 octobre 2024 à 9h30, en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Rizzato ;

- les observations de Mme A pour le préfet de la Loire qui maintient ses écritures qu'elle développe oralement.

M. et Mme D n'étant ni présents ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Loire demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de délai de M. C et Mme B D du logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) Entraide Pierre Valdo, situé 7C rue Colette à Saint-Etienne.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 de ce même code dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Enfin, aux termes de l'article R. 552-15 de ce code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; / 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé. / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux ".

4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. D'une part, il résulte de l'instruction que M. C et Mme B D, ressortissants russes, ont formé des demandes d'asile définitivement rejetées par décisions de la Cour nationale du droit d'asile notifiées respectivement le 17 octobre 2023 et 10 octobre 2022. Par des arrêtés du 12 décembre 2023, le préfet de la Loire a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme D et a obligé M. et Mme D à quitter le territoire français. Les recours formés par les intéressés contre ces décisions ont été rejetés par le tribunal administratif de Lyon par des jugements du 31 mai 2024. Une première demande d'expulsion présentée par le préfet de la Loire sur le fondement des dispositions de l'article L. 552-15 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été rejetée pour défaut d'urgence par une ordonnance du 28 mars 2024. Après une réévaluation de leur situation, une nouvelle mise en demeure de quitter les lieux sous quinze jours, datée du 9 août 2024 leur a été notifiée le 14 août. M. et Mme D se sont maintenus dans leur logement en méconnaissance des dispositions, rappelées plus haut, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'engagement pris dans le contrat de séjour.

6. D'autre part, il résulte de l'instruction que le département de la Loire dispose d'un nombre de places en lieux d'accueil insuffisant pour accueillir l'ensemble des demandeurs d'asile primo-arrivants ou déboutés, mais bénéficiant d'un délai supplémentaire de maintien dans les lieux, parmi lesquels figurent des personnes en situation de vulnérabilité, et notamment de jeunes enfants, des malades ou des personnes âgées. En l'espèce, en rien ne permet de dire qu'à titre exceptionnel, le maintien en centre d'hébergement des intéressés serait justifié. Eu égard à la situation de saturation du système d'hébergement des demandeurs d'asile, leur expulsion, qui est utile, présente, par conséquent, un caractère d'urgence.

7. Il y a dès lors lieu, dans ce contexte, d'ordonner à M. et Mme D de libérer, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, le logement qu'ils occupent indûment dans le centre d'hébergement pour demandeurs d'asile mentionné plus haut. Faute pour les intéressées d'avoir libéré les lieux, le préfet de la Loire pourra procéder d'office à leur expulsion au besoin avec le concours de la force publique.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. et Mme D de libérer, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) Entraide Pierre Valdo, situé 7C rue Colette à Saint-Etienne.

Article 2 : Faute pour M. et Mme D d'avoir libéré les lieux, le préfet de la Loire pourra procéder d'office à leur expulsion au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Loire et à M. C et Mme B D.

Fait à Lyon le 10 octobre 2024.

La juge des référés,

C. Rizzato

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,