Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409625
vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409625 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | ELOIGNEMENT |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, M. C A, représenté par Me Lawson Body, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2024 par lequel le préfet de la Loire a prolongé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut de base légale, la mesure d'assignation à résidence initiale comme le renouvellement ayant été pris plus de trois ans après la notification de la décision d'éloignement ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses modalités d'application.
Le préfet de la Loire a produit des pièces, enregistrées le 30 septembre 2024, mais n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 30 septembre 2024, ont été entendus :
- le rapport de Mme B, qui informe les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité du moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision d'assignation à résidence initiale, notifiée le 2 août 2024, dès lors que cette décision est devenue définitive faute de recours dans le délai de recours contentieux ;
- les observations de Me Lawson-Body, représentant M. A, qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens, et ajoute que le préfet de la Loire ne justifie d'aucune diligence en vue de mettre à exécution la mesure d'éloignement durant la première période de 45 jours d'assignation à résidence.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1979, demande l'annulation de l'arrêté du 12 septembre 2024, par lequel le préfet de la Loire a prolongé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours.
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. D E, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du 13 juillet 2023, publié le 24 juillet 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, et librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les textes sur lesquels elle se fonde, indique que M. A a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours le 14 juin 2021, puis d'un arrêté portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours en date du 2 août 2024. Il précise également que M. A ne détient pas de document d'identité ou de voyage en cours de validité mais que le préfet possède une copie de son passeport guinéen périmé, qu'il n'est pas possible de mettre à exécution immédiatement la mesure d'éloignement dès lors qu'il est nécessaire que les services préfectoraux obtiennent un laissez-passer consulaire auprès des autorités compétentes et prévoient l'organisation matérielle de son départ, mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est ainsi suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, contrairement à ce qu'il soutient, M. A a fait l'objet d'une audition par les services de police le 2 août 2024, juste avant l'édiction de la première mesure d'assignation à résidence dont il a fait l'objet, audition à l'occasion de laquelle il a été mis en mesure de présenter toutes observations utiles sur sa situation administrative et personnelle, notamment au regard de l'obligation de quitter le territoire dont il faisait l'objet et de l'exécution de celle-ci. Il n'est donc pas fondé, en tout état de cause, à soutenir que la décision en litige, qui se borne à prolonger cette première assignation à résidence, a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu.
5. En quatrième lieu, l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article L. 732-3 du même code dispose : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ".
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une première mesure d'assignation à résidence d'une durée de quarante-cinq jours par un arrêté du 2 août 2024, qui comportait la mention des voies et délais de recours et qui lui a été notifié le jour même à 16h10. M. A n'ayant pas contesté cette décision dans le délai de sept jours suivant sa notification, en application de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celle-ci est devenue définitive et ne peut plus être contestée, ni directement, ni par la voie de l'exception d'illégalité. M. A n'est donc pas recevable à soutenir que la décision de prolongation de son assignation à résidence est illégale en raison de l'illégalité de l'assignation à résidence du 2 août 2024, au motif que celle-ci aurait été prise plus de trois ans après l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
7. D'autre part, les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposent seulement que le préfet prononce la mesure d'assignation à résidence initiale avant l'expiration d'un délai de trois ans suivant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français, mais ne font pas obstacle à ce que cette assignation puisse déployer ses effets au-delà de ce délai de trois ans. La seule circonstance qu'un premier renouvellement d'assignation a été décidé plus de trois ans après l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français n'entache donc pas celui-ci d'illégalité.
8. Enfin, la décision en litige, qui se borne à procéder au renouvellement d'une assignation à résidence déjà prononcée, dans la continuité temporelle de celle-ci, ne constitue pas, par elle-même, une nouvelle décision d'assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision de renouvellement serait privée de base légale dès lors que l'assignation à résidence initiale a été prise plus de trois ans après l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français, qui porte sur le principe même de l'assignation et non sur le seul renouvellement de sa durée, est inopérant et doit être écarté.
9. En cinquième lieu, M. A, à qui il appartient en principe de prendre lui-même toutes dispositions pour exécuter la décision d'éloignement dont il fait l'objet, n'établit ni même n'allègue que son éloignement du territoire ne demeurerait pas une perspective raisonnable, sans que le préfet ait à justifier des diligences qu'il a pu accomplir à cette fin depuis sa première assignation à résidence.
10. En dernier lieu, M. A soutient que les modalités d'application de la décision de renouvellement d'assignation en litige, qui l'oblige à se présenter trois fois par semaine à 10 heures auprès des services de police de Saint-Etienne, sont incompatibles avec ses obligations professionnelles, dès lors qu'il travaille à temps plein et est amené à effectuer régulièrement des déplacements professionnels sur tout le territoire national. Néanmoins, M. A réside en France de manière irrégulière et sans autorisation d'y travailler, et la mesure de renouvellement d'assignation en litige a précisément pour objet d'organiser son départ du territoire national, qui peut intervenir à tout moment. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et à fin d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La magistrate désignée,
C. BLe greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2409625
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