Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409648

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la requête de M. B, ressortissant algérien, contestant un arrêté du 12 septembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. En cours d'instance, la préfète de l'Ain a retiré cet arrêté par un nouvel arrêté du 30 septembre 2024, ce qui a privé d'objet les conclusions initiales. Le tribunal a constaté qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur la requête initiale, les décisions attaquées ayant été retirées. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2024, M. A B, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de procéder au réexamen de sa situation, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et d'en justifier au tribunal dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen préalable et sérieux de sa situation, de son état de santé et de sa demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est éligible de plein droit à un titre de séjour en application des stipulations du 7°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entrainera, par voie de conséquence, l'annulation de la décision refusant tout délai de départ volontaire ;

- la décision refusant tout délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant tout délai de départ volontaire entrainera, par voie de conséquence, l'annulation de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entrainera, par voie de conséquence, l'annulation de la décision déterminant le pays de destination ;

- la décision portant assignation à résidence est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire et de la décision refusant tout délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 septembre 2024 doivent être dirigées contre l'arrêté du 30 septembre 2024 dès lors que, par arrêté du 30 septembre 2024, elle a retiré l'arrêté du 12 septembre 2024 ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jeannot pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeannot, magistrate désignée ;

- les observations de Me Guillaume, représentant M. B, qui indique que l'arrêté du 30 septembre 2024 n'a pas la même portée que l'arrêté du 12 septembre 2024 dès lors qu'il comporte une décision portant refus de titre de séjour ; en outre, le dispositif de l'arrêté du 30 septembre 2024 ne comporte aucune assignation à résidence ; ainsi, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 septembre 2024 et les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2024 doivent être renvoyées devant une formation collégiale ; elle insiste également sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- et les observations de M. B, requérant, qui indique qu'il souhaite rester en France.

La préfète de l'Ain n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 13 octobre 1998, déclare être entré en France le 16 septembre 2019. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. D'une part, lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 911-1. ". Aux termes de ce dernier article : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision. Sous réserve des troisième et avant-dernier alinéas du présent article, il statue dans un délai de six mois à compter de l'introduction du recours. () / Si, en cours d'instance, l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, le tribunal administratif statue dans un délai de quinze jours à compter de la date à laquelle cette décision lui est notifiée par l'autorité administrative. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, par un arrêté du 30 septembre 2024, la préfète de l'Ain a procédé au retrait de l'arrêté du 12 septembre 2024. Dès lors, eu égard à ce qui a été énoncé au point 2, les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 30 septembre 2024, arrêté qui rejette la demande de titre de séjour de M. B, qui l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, qui fixe le pays de destination et qui prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

5. Toutefois, en application des dispositions citées au point 3, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2024 relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal dès lors qu'aucune assignation à résidence n'a été prise à la date du présent jugement. En effet, si l'arrêté du 30 septembre 2024 mentionne dans son intitulé une assignation à résidence, il ressort toutefois des termes mêmes de cet arrêté que le requérant " sera () assigné à résidence ", le dispositif de cet arrêté n'ordonnant d'ailleurs aucune assignation à résidence alors qu'au demeurant, l'autorité administrative qui assigne à résidence un étranger doit définir les modalités d'application d'une telle mesure. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions à fin d'annulation des décisions du 30 septembre 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ainsi que les conclusions accessoires à celles-ci.

6. Enfin, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 12 septembre 2024 portant assignation à résidence de M. B qui a été retirée par cet arrêté du 30 septembre 2024.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Ain a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois et les conclusions accessoires afférentes sont renvoyées devant une formation collégiale.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 12 septembre 2024 par laquelle la préfète de l'Ain a assigné à résidence M. B pour une durée de quarante-cinq jours.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

La magistrate désignée,

F. Jeannot

La greffière

F. GaillardLa République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.