Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409674

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409674
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, contestant les décisions de la préfète de l'Ain l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour d'un an et assignation à résidence. Le juge a estimé que la décision était signée par une autorité compétente et que la situation personnelle de l'intéressé, présent en France depuis trois ans sans attaches familiales solides, ne justifiait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Les autres moyens, notamment l'absence d'examen particulier et l'erreur de droit, ont également été écartés. La requête a donc été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, M. A, représenté par Me Bescou, demande au Tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 18 septembre 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, l'a interdit de retour pendant un an et l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre à ladite préfète de réexaminer sa situation et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système dit D, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation, méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la mesure d'éloignement et en l'absence d'examen particulier de sa situation, ainsi qu'entachée d'erreur de droit, l'autorité n'ayant pas exercé son pouvoir d'appréciation et d'une erreur de fait et d'appréciation s'agissant de l'existence d'un risque de soustraction ;

- la décision lui interdisant le retour en France est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la mesure d'éloignement et en l'absence d'examen particulier de sa situation, ainsi que méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les article L. 612-6 et 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination et celle l'assignant à résidence sont illégales en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relatives à des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une assignation à résidence et aux décisions accompagnant ces mesures.

Vu :

- la prestation de serment de Mme E, interprète en langue arabe,

- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Bescou, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant les mêmes moyens ;

- et les déclarations de M. A, assisté de Mme E qui confirme être entré irrégulièrement en France et disposer de sa famille en Algérie.

La préfète de l'Ain n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 2002, déclare être entré irrégulièrement en France en 2021. Par décisions du 18 septembre 2024 dont il demande l'annulation, la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, l'a interdit de retour pendant un an et l'a assigné à résidence en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, par arrêté du 16 juillet 2024 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs, la préfète de l'Ain a donné délégation à Mme C, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, pour signer les décisions en litige, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres personnes dont il n'est ni établi, ni même allégué, qu'elles ne le furent pas.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative n'a pas vérifié le droit au séjour de M. A préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'en ressort pas non plus qu'elle n'a pas procédé à un examen de la situation personnelle portée à sa connaissance.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire () à la sûreté publique, () à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A réside irrégulièrement en France depuis trois ans et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie où résident ses parents ainsi que ses frères et sœurs. Ni la circonstance qu'il exerce illégalement une activité professionnelle, ni celle qu'il a noué une relation amoureuse récente avec une ressortissante française suffisent à établir que la mesure d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale normale eu égard aux buts poursuivis par une telle décision. Il n'apparait pas non plus, en l'absence d'argumentation spécifique, que cette mesure implique manifestement des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle.

6. En quatrième lieu, le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que l'autorité administrative peut refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire lorsque le comportement de l'étranger présente un risque de soustraire à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Selon les dispositions des 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, une telle situation peut résulter, sauf circonstance particulière, de l'entrée irrégulière en France sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, de déclarations explicites de l'intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement et de l'absence de garanties suffisantes de représentation, notamment parce que l'étranger ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité ou qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente.

7. D'une part, il ne ressort nullement des motifs de la décision attaquée ou des pièces du dossier que l'autorité administrative s'est bornée à relever les cas prévus par les dispositions précitées sans exercer son pouvoir d'appréciation sur la situation de M. A portée à sa connaissance, préalablement au refus de lui octroyer un délai de départ volontaire.

8. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que M. A a déclaré en réponse à la question de savoir s'il accepte de regagner son pays d'origine : " non, je veux rester là, je travaille, je suis tranquille ". L'autorité administrative a donc pu estimer qu'il avait manifesté explicitement son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement. En outre, le passeport de M. A est périmé depuis le 28 février 2023. L'intéressé, qui n'établit au demeurant pas en avoir demandé le renouvellement ni qu'un nouveau lui aurait été remis, est donc dépourvu d'un document de voyage en cours de validité. Enfin, il n'est pas contesté que M. A est entré irrégulièrement en France sans avoir sollicité de titre de séjour. Dès lors, la préfète de l'Ain pouvait légalement estimer que le comportement de M. A présente un risque de soustraction faisant obstacle à ce qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé, en l'absence de circonstance particulière que l'intéressé n'établit toujours pas dans la présente instance.

9. Enfin, la circonstance que la préfète de l'Ain a estimé à tort que l'intéressé est dépourvu de domicile stable est sans incidence sur la décision refusant un délai de départ volontaire dès lors qu'il ressort des pièces qu'elle aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur les trois circonstances précitées, et elle ne révèle pas, par elle-même, le défaut d'examen allégué.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. Il résulte des dispositions précitées qu'en l'absence de circonstances humanitaires et compte tenu du refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, la préfète de l'Ain, dont il n'est pas établi qu'elle n'a pas procédé à l'examen de la situation personnelle de l'intéressé, devait assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour en France qui n'emporte pas une atteinte disproportionnée au droit de mener une vie privée et familiale normale du requérant compte tenu de la situation décrite au point 5 précédent. Pour les mêmes motifs, il n'apparait pas non plus que la durée d'un an retenu est disproportionnée à la situation de l'intéressé.

12. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision refusant un délai de départ volontaire, soulevés par voie d'exception à l'encontre des décisions subséquentes, ne sont pas fondés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 18 septembre 2024. Ses conclusions en ce sens, ainsi que celles accessoires, doivent, par conséquent, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,