Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409773
jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409773 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Hmaida, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 20 septembre 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain a prolongé de deux années l'interdiction de retour sur le territoire français dont il a fait l'objet et l'a assigné à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
Sur la décision portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire :
- cette décision procède d'une erreur de droit et est dépourvue de base légale ; si la mesure d'éloignement initiale, édictée le 25 octobre 2023, reste exécutable au bénéfice des dispositions de la loi du 26 janvier 2024, il résulte de cette application une rétroactivité illégale ; la prolongation en litige n'est justifiée par aucune méconnaissance de la mesure initiale de même nature ;
- cette mesure de prolongation revêt un caractère disproportionné compte tenu de sa situation personnelle en France ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- cette décision est illégale pour les mêmes motifs que ceux exposés s'agissant du défaut de base légale de la mesure de prolongation.
Par un mémoire, enregistré le 4 octobre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Gilbertas.
Vu la prestation de serment de M. E, interprète en langue arabe.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilbertas, magistrat désigné,
- les observations de Me Hmaida, pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 16 mars 1990, a fait l'objet, par arrêté de la préfète de l'Ain du 25 octobre 2022, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée d'un an. A la suite de son placement en garde à vue le 20 septembre 2024 pour des faits d'organisation de mariage aux seules fins d'obtenir un titre de séjour, d'usage de faux en écriture, la même autorité, des décisions du même jour, a décidé la prolongation de la mesure d'interdiction de retour de deux années et a assigné M. B à résidence. Celui-ci demande au tribunal l'annulation de ces décisions du 20 septembre 2024.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, les décisions attaquées sont signées par Mme D C, adjointe au chef de bureau de l'éloignement et du contentieux de la préfecture de l'Ain, investie à cet effet d'une délégation de signature du 16 juillet 2024, régulièrement publiée. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit ainsi être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
5. D'une part, M. B soutient que, compte tenu de ce que, sous le régime applicable antérieur à la loi du 26 janvier 2024 ayant porté à trois ans le délai pendant lequel une mesure d'assignation à résidence ou de placement en rétention peut assortir l'exécution d'une obligation de quitter le territoire, l'arrêté du 25 octobre 2022 le visant ne pouvait plus faire l'objet d'une exécution d'office selon ces modalités à partir du 22 octobre 2023, le requérant en déduisant que la mesure de prolongation d'interdiction de retour en litige se trouvait, à compter de cette dernière date, dépourvue de base légale. Toutefois, la mesure de prolongation d'interdiction de retour en litige n'est pas une mesure d'exécution de l'obligation de quitter le territoire du 22 octobre 2022 et elle trouve son fondement, en l'espèce, au regard de la circonstance que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national alors qu'il avait fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans délai, en application des dispositions de l'article L. 612-11 précité. A cet égard, le fait qu'une mesure d'éloignement ne puisse, au-delà du délai modifié par la loi du 26 janvier 2024, fonder une mesure d'assignation à résidence ou un placement en rétention pour son exécution est sans influence sur la légalité des décisions initiale ou sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur le maintien irrégulier d'un étranger en méconnaissance de la mesure d'éloignement sans délai dont il a fait l'objet. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire serait dépourvue de base légale.
6. D'autre part, pour prolonger de deux ans la mesure d'interdiction de retour sur le territoire visant M. B, la préfète de l'Ain a relevé, au visa des dispositions précitées, outre que celui-ci n'avait pas respecté la mesure d'éloignement du 25 octobre 2022 le visant, que l'intéressé résidait irrégulièrement en France depuis près de deux ans et demi, que ses attaches dans ce pays se limitaient à la présence d'un cousin, qu'il était célibataire et sans enfants, et qu'il était défavorablement connu des services de police du fait de son interpellation pour les faits mentionnés au point 1 du présent jugement. En se bornant à faire valoir sa relation avec la personne concernée par ce projet de mariage, dont il ressort sans ambiguïté des déclarations incohérentes du requérant lors de son audition que ce projet vise un objet autre que marital, M. B ne caractérise nullement une disproportion dans le quantum, en l'espèce de deux ans, retenu par l'autorité administrative pour la mesure de prolongation d'interdiction de retour en litige. C'est ainsi par une exacte application des dispositions précitées que la préfète de l'Ain a édicté une telle prolongation.
7. En dernier, lieu, en se bornant, à l'appui de la contestation de la décision portant assignation à résidence édictée à son endroit, à renvoyer aux moyens développés à l'encontre de la mesure portant interdiction de retour sur le territoire français, décision dont les fondements de droit et de fait sont distincts, le requérant ne met pas le tribunal à même de statuer sur les mérites de tels moyens, lesquels doivent être écartés pour ce motif.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Hmaida et à la préfète de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
M. Gilbertas
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
Un greffier
Décisions similaires
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026