Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409788

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409788
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. C, un ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté du 13 septembre 2024 de la préfète du Rhône l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière. Il a également rejeté l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sous-jacente, dont la légalité avait été confirmée par un jugement antérieur. Enfin, la mesure d'assignation à résidence, assortie d'une obligation de présentation bi-hebdomadaire, n'a pas été jugée disproportionnée malgré l'activité professionnelle de l'intéressé, au regard des dispositions des articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Naili, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est dépourvue de base légale étant fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle paraît disproportionnée compte tenu des obligations professionnelles qui sont les siennes.

Des pièces ont été produites par la préfète du Rhône le 2 octobre 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

-

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Collomb, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, magistrate désignée ;

- les observations de Me Naili, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les déclarations de M. C.

La préfète du Rhône n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience conformément aux dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est un ressortissant algérien né le 7 juin 1981. Par un arrêté du 13 septembre 2024, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D B, attachée adjointe à la cheffe de bureau de l'éloignement, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature de la préfète du Rhône datée du 12 juillet 2024 et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le lendemain. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article L. 732-3 du même code dispose : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ".

4. M. C a été assigné à résidence, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en application d'une décision l'obligeant à quitter le territoire prise à son encontre par la préfète du Rhône le 26 juillet 2024. Il ressort des pièces du dossier que la légalité de cette décision a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 10 septembre 2024. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

5. Le requérant, qui ne conteste pas le principe même de son assignation à résidence, soutient que les modalités de cette mesure sont inappropriées et excessives dès lors qu'il exerce une activité professionnelle en qualité d'agent de quai au sein de la société GEODIS dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet conclu avec cette société le 2 janvier 2023. Toutefois, une assignation à résidence ordonnée pour l'exécution d'office d'une mesure d'éloignement présente, par nature, un caractère contraignant affectant significativement la vie quotidienne de la personne intéressée. Ainsi, le seul élément dont se prévaut M. C relatif à l'exercice d'une activité professionnelle ne suffit pas, à lui seul, de nature à établir que l'autorité préfectorale aurait porté une atteinte disproportionnée à ses droits et libertés en l'assignant à résidence et en assortissant notamment cette mesure d'une obligation de présentation auprès des services de police deux fois par semaine, les lundis et jeudis, entre 9h et 18h. De surcroît, M. C ne fait état d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à cette obligation de présentation. Par suite, c'est sans faire une inexacte application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entacher sa décision d'une erreur d'appréciation que la préfète du Rhône a prononcé l'assignation à résidence du requérant et cette mesure ne présente pas, s'agissant de ses modalités, un caractère disproportionné.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie conséquence, ses conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Caroline Collomb

La greffière,

L. BON-MARDION

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier