Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409805
vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409805 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BERTE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 septembre 2024 Mme A B, représentée par Me Berté, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite née du silence gardé sur sa demande en date du 6 avril 2024, par laquelle la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans un délai de sept jours, un document provisoire l'autorisant à séjourner et travailler sur le territoire français ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est présumée dans le cas d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour ; la décision la place dans une situation administrative et financière précaire ; la décision fait obstacle à son inscription en tant que demandeuse d'emploi et l'empêche ainsi de présenter son dossier de demande de financement en vue de sa reconversion professionnelle en qualité d'aide-soignante ; la décision l'empêche de percevoir l'allocation d'aide au retour à l'emploi, alors qu'elle doit faire face à des charges mensuelles s'élevant à environ 900 euros ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :
* la décision a été prise sans réel examen sérieux de sa situation personnelle ;
* la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* la décision porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ;
* la décision méconnait l'intérêt supérieur de ses enfants, dès lors qu'elle la place en situation irrégulière et l'expose à une mesure d'éloignement.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée sous le n° 2409702 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision implicite de rejet en litige.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Senoussi, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Berté, représentant Mme B, qui a repris ses conclusions et moyens ;
- Mme B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante camerounaise née en 1990, a demandé, le 6 avril 2024, le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Elle demande au juge des référés de suspendre l'exécution du refus implicite opposé à cette demande.
Sur l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
3. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, Mme B, qui séjournait régulièrement en France, a demandé le renouvellement de son titre de séjour, de sorte qu'elle bénéficie d'une présomption d'urgence. La préfète du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense n'apporte aucune contestation sur ce point. Au surplus, la requérante, qui est mère de deux enfants mineurs, fait valoir qu'en raison de l'absence de renouvellement de sa carte elle ne peut ni percevoir d'allocation d'aide au retour à l'emploi pour faire face à ses charges mensuelles, ni entamer les démarches nécessaires lui permettant de financer son projet de reconversion professionnelle alors que sa formation d'aide-soignante débute le 3 janvier 2025. Par suite, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.
5. En second lieu, en l'état de l'instruction, les moyens visés ci-dessus tirés de ce que la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale sont, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
6. Les deux conditions requises par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies en l'espèce, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur l'injonction :
7. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre à la préfète du Rhône de délivrer à Mme B, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande, et de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ces délais.
Sur les frais d'instance :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à Mme Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite de rejet de la demande de renouvellement de titre de séjour formulée le 6 avril 2024 par Mme B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur les conclusions de la requête au fond présentées par l'intéressée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à Mme B un document autorisant provisoirement son séjour en France et l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de réexaminer sa demande en prenant une décision explicite dans un délai d'un mois, et ce sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ces délais.
Article 3 : La préfète du Rhône communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter cette ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera à Mme B la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B, au ministre de l'intérieur et à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon, le 11 octobre 2024.
Le juge des référés,
T. Besse
La greffière,
A. Senoussi
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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