Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409814
vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409814 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 septembre et 8 octobre 2024, M. B A doit être regardé comme demandant au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 15 juillet 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté sa demande de délivrance d'une carte professionnelle, ainsi que la décision du 7 août 2024 rejetant son recours gracieux ;
2°) de condamner le Conseil national des activités privées de sécurité à lui verser des dommages et intérêts
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que le refus qui lui est opposé le prive à court terme de la possibilité d'exercer son emploi qu'il occupe en contrat à durée indéterminée et l'empêche de poursuivre ses études en France et de subvenir aux besoins de sa famille au Mali ;
- sont de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision les moyens suivants : la décision méconnait les dispositions des 4° et 4°bis de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dès lors qu'il séjourne régulièrement en France depuis douze ans et qu'il dispose d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2024, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que le requérant n'a saisi la juridiction que tardivement et qu'il ne démontre pas qu'il ne pourrait pas exercer une autre profession ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de la décision.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 30 septembre 2024 sous le n°2409813 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision du 15 juillet 2024, ainsi que celle du 7 août 2024 rejetant son recours gracieux.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience, M. Bertolo a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
Sur l'urgence :
2. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Il résulte de l'instruction que M. A est présent en France depuis l'année 2012, qu'il y poursuit des études et qu'il exerce depuis plus de dix ans l'activité d'agent de sécurité afin de financer la poursuite de ses études et subvenir aux besoins de sa famille au Mali, les ressources issues de cette activité constituant l'essentiel de ses ressources. Il n'est par ailleurs pas contesté que son contrat auprès de la société DOM sécurité a été suspendu du fait de la décision en litige. En outre, si M. A n'a saisi la juridiction du présent référé que le 30 septembre 2024, plus de deux mois après la décision initiale lui refusant le renouvellement de sa carte, il est constant qu'il a exercé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, et que le rejet de son recours gracieux ne lui a été notifié que le 9 septembre 2024. En l'état de l'instruction, l'exécution de la décision du 15 juillet 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de renouveler la carte professionnelle de M. A a pour effet de le priver de revenus et compromet la poursuite de ses études et le soutien qu'il apporte à sa famille. Ainsi, la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant. La condition tenant à l'urgence doit, par suite, être considérée comme remplie.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
4. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 4° Pour un ressortissant étranger, s'il ne dispose pas d'un titre de séjour lui permettant d'exercer une activité sur le territoire national après consultation des traitements de données à caractère personnel relevant des dispositions des articles R. 142-11 et R. 142-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () / 4° bis Pour un ressortissant étranger ne relevant pas de l'article L. 233-1 du même code, s'il n'est pas titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour () ".
5. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. / Lorsque l'étranger mentionné aux 2°, 3° ou 4° de l'article R. 431-5 a déposé une demande complète dans le respect du délai auquel il est soumis, le préfet est tenu de mettre à sa disposition via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. / Lorsque le préfet prend une décision favorable sur la demande présentée, une attestation dématérialisée est mise à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour, dans l'attente de la remise du titre. ".
6. Pour refuser de délivrer à M. A la carte professionnelle sollicitée, le Conseil national des activités privées de sécurité s'est fondée dans sa décision du 15 juillet 2024 sur la circonstance que M. A n'était pas titulaire d'un titre de séjour depuis au moins cinq ans, conformément aux dispositions du 4° bis de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. En l'état de l'instruction, et eu égard aux pièces produites à l'instance par M. A, le moyen tiré de ce que la décision du 15 juillet 2024 est entachée d'une erreur d'appréciation et de droit dans la mise en œuvre des dispositions du 4° bis de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
7. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Dans sa réponse du 7 août 2024 au recours gracieux de M. A et dans son mémoire en défense, le Conseil national des activités privées de sécurité indique que M. A ne remplit pas la condition de régularité du séjour posée par les dispositions précitées du 4° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, et doit ainsi être regardé comme demandant que ce motif soit substitué au motif ayant initialement servi de fondement à la décision attaquée. Toutefois, il résulte de l'instruction et n'est pas sérieusement contesté par le Conseil national des activités privées de sécurité que M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 28 novembre 2023, et qu'il a bénéficié de manière continue depuis cette date d'attestations de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour, celles-ci lui permettant de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'elles précisent. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 15 juillet 2024 est entachée d'une erreur d'appréciation et de droit dans la mise en œuvre des dispositions du 4° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, la substitution de motif sollicitée devant être rejetée.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions du 15 juillet 2024 et du 7 août 2024 du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité.
Sur l'injonction :
10. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité d'autoriser provisoirement M. A, dans l'attente du jugement au fond, à exercer sa profession d'agent privé de sécurité, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin à ce stade de fixer une astreinte.
Sur la demande de dommages et intérêts :
11. Les conclusions de la requête qui tendent à la condamnation du Conseil national des activités privées de sécurité au versement de dommages et intérêts sont relatives à des mesures qui ne présentent pas un caractère provisoire et qui excèdent ainsi les pouvoirs conférés au juge des référés. De telles conclusions sont, en conséquence, manifestement irrecevables devant le juge des référés et ne peuvent qu'être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution des décisions du 15 juillet 2024 et du 7 août 2024 du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité refusant le renouvellement de la carte professionnelle d'agent de sécurité privée de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer, à titre provisoire, à M. A une carte professionnelle en qualité d'agent de sécurité privée, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au Conseil national des activités privées de sécurité.
Fait à Lyon, le 11 octobre 2024.
Le juge des référés,
C. Bertolo
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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