Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409823
jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409823 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 septembre 2024 et des mémoires complémentaires enregistrés le 2 octobre 2024, Mme E C épouse D et M. B D demandent au juge des référés, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Lyon de mettre effectivement en place l'accompagnement de leur fils A D pour la totalité des heures accordées par le tribunal judiciaire, soit 24 heures hebdomadaires, sous astreinte de 600 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de condamner l'État à leur verser la somme de 1 euros en réparation de leur préjudice moral ;
3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'État sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il existe une situation d'urgence dès lors que leur fils ne bénéficie actuellement que de treize heures quinze d'accompagnement alors qu'il a droit à vingt-quatre heures en application du jugement du tribunal judiciaire de Lyon du 11 juin 2024 et que toute journée passée sans AESH le prive irrémédiablement d'un temps scolaire indispensable à son éducation, sa sociabilisation et plus généralement à son épanouissement et à son évolution ;
- il est porté atteinte au droit à l'éducation de leur fils, tel qu'il est garanti par le 13ème alinéa du préambule de la Constitution de 1946, l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les articles L. 111-1 et L. 111-2 du code de l'éducation ;
- les services de l'éducation nationale n'ont pas mis en œuvre intégralement le jugement du tribunal judiciaire de Lyon ;
- les moyens accordés à l'établissement ne suffisent pas à couvrir les besoins en aide humaine individuelle et mutualisée des enfants bénéficiant de décisions de la MDPH.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, le recteur de l'académie de Lyon conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et au rejet de la requête.
Il soutient dans le dernier état de ses écritures que :
- une aide humaine a été accordée à A D pour 24 heures hebdomadaires à compter du 3 octobre 2024 ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 3 octobre 2024 en présence de Mme Bon-Mardion, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Rizzato, première conseillère, qui a informé les parties en application des dispositions de l'article R 522-9 du code de justice administratif et de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance à intervenir est susceptible d'être fondée sur des moyens relevés d'office et tirés de ce qu'il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires et de celles tendant à la communication de documents ou d'informations ;
- les observations de M. et Mme D qui ont repris les faits, moyens et conclusions exposés dans leurs écritures et qui soutiennent que l'État ne remplit toujours pas ses obligations envers les enfants en situation de handicap de l'établissement scolaire de leur fils dès lors que l'aide humaine qui vient de lui être octroyée l'a été en diminuant l'accompagnement d'un autre enfant. Ils demandent par ailleurs au juge des référés d'enjoindre au recteur de l'académie de Lyon de couvrir les besoins de l'ensemble des enfants bénéficiant d'une décision de la MDPH de l'établissement La Rédemption ;
- les observations de M. F, représentant le recteur de l'académie de Lyon qui indique qu'il n'y a pas eu de décision de rejet à la demande des requérants et fait état de difficultés de recrutement. Il indique qu'un AESH a été accordé à A D pour une durée de 24 heures par semaine pour toute l'année scolaire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
2. Le tribunal judiciaire de Lyon a, par un jugement du 11 juin 2024, attribué à A D, fils des requérants, une aide humaine individuelle aux enfants handicapés pour une durée de 24 heures par semaine. Par une lettre du 11 septembre 2024, M. et Mme D ont mis le rectorat d'académie de Lyon en demeure d'allouer de façon effective cette aide humaine individuelle. En l'absence de réponse à leur demande, ils ont demandé au juge des référés d'enjoindre au recteur de l'académie de Lyon de mettre effectivement en place cet accompagnement.
3. Il résulte des pièces du dossier et des débats à l'audience qu'un accompagnant des élèves en situation de handicap a été affecté à l'école La Rédemption, au bénéfice du fils des requérants pour 24 heures par semaine. Le recteur a ainsi mis en place, postérieurement à l'introduction de la requête, l'accompagnement humain accordé au jeune A D par le jugement du 11 juin 2024 du tribunal judiciaire de Lyon. Par ailleurs, et en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que l'affectation de cette aide à A a été mise en place au détriment d'autres élèves de l'école. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte de la requête de M. et Mme D, sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. M. et Mme D demandent également la condamnation de l'État à les indemniser du préjudice moral qu'ils estiment avoir subis du fait de l'inaction de l'administration. Toutefois, il n'appartient pas au juge des référés, qui ne peut prendre que des mesures provisoires, de se prononcer sur de telles conclusions. Par suite, de telles conclusions sont irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par les requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. et Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C épouse D et M. B D et au recteur de l'académie de Lyon.
Fait à Lyon le 3 octobre 2024.
La juge des référés,
Caroline Rizzato
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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