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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409962

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409962

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBEAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 et 11 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Beaud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2024 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'OFII, à titre principal, de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même condition d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII, au profit de son conseil, la somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des articles L. 551-9, L. 551-10 et R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII ne l'ayant pas au préalable informé des conditions et modalités de suspension, de refus et de retrait des conditions matérielles d'accueil ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la fiche d'évaluation de la vulnérabilité, qui ne comporte pas le prénom, le nom, la qualité de l'agent qui a procédé à l'entretien en méconnaissance de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne permet pas de garantir que cet agent a reçu la formation spécifique prévue par l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est illégale en raison de l'incompatibilité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile avec les dispositions de la directive 2013/33/UE ;

- cette décision est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel est incompatible avec l'article 20 de la directive 2013/33/UE, en ce qu'il prévoit un refus de plein droit de l'octroi des conditions matérielles d'accueil ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, en particulier au regard du critère de vulnérabilité ;

- cette décision entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a été prise sans attendre l'avis médical du médecin coordonnateur de zone pour refuser de lui reconnaitre la qualité de personne vulnérable, en méconnaissance de l'article R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de sa vulnérabilité.

Par un mémoire enregistré le 14 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, faute de comporter des moyens ;

- la décision attaquée est légalement justifiée, en l'absence d'élément établissant la vulnérabilité de M. A et de sa famille.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Flechet en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Flechet, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Beaud, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et précise qu'en raison des problèmes de santé de l'épouse et de la fille du requérant, la situation de vulnérabilité est suffisamment caractérisée pour justifier une admission au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Le directeur de l'OFII n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 30 juin 1983, est entré sur le territoire français le 23 août 2023. Il a formé une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 22 septembre 2023. Cette demande a été rejetée, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 13 février 2024. Le 14 octobre 2024, M. B A a demandé le réexamen de sa demande d'asile. Il demande au tribunal d'annuler la décision du 30 septembre 2024 par laquelle le directeur de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs au refus de l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Elle indique, après avoir décrit la composition de la famille du requérant, que ces conditions matérielles lui sont refusées en raison de la situation de réexamen de sa demande d'asile dans laquelle il se trouve. Par suite, cette décision, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a signé le 31 août 2023, lors de l'enregistrement de sa première demande d'asile, l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration attestant qu'il a été informé, dans une langue qu'il comprend, des conditions et des modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. En outre, il a bénéficié le 30 septembre 2024, après la présentation de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, d'un entretien pour l'évaluation de sa vulnérabilité, réalisé en langue albanaise avec l'aide d'un interprète, dont il a signé le compte-rendu. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure tenant en l'absence de communication des informations prévues par les dispositions précitées doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ".

6. Il ne résulte d'aucune disposition, ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien d'évaluation de vulnérabilité, qui ne saurait notamment être regardé comme une correspondance au sens de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien. Il n'est pas contesté que l'entretien de vulnérabilité dont a bénéficié M. A le 30 septembre 2024 a été conduit par un agent auditeur d'asile, dont la signature figure sur la fiche d'évaluation avec le tampon de direction territoriale à Lyon. Dans ces conditions, en l'absence d'élément contraire, cet agent doit être regardé comme ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, au motif que l'entretien en cause n'aurait pas été conduit par un agent qualifié, ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. () ". Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

8. Les cas de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévus par les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font partie des hypothèses fixées à l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE précité. Ces dispositions écartent toute automaticité du refus et imposent un examen particulier de la situation du demandeur d'asile, en particulier de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré de ce que ces dispositions sont incompatibles avec les objectifs de la directive n° 2013/33/UE doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. ".

10. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative que si cette dernière a été prise pour son application ou s'il en constitue la base légale. Le requérant ne peut, dès lors, utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile mentionné par les dispositions précitées, la décision attaquée n'ayant pas été prise pour son application et n'en constituant pas la base légale.

11. En septième lieu, aux termes de l'article R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si, à l'occasion de l'appréciation de la vulnérabilité, le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation, ils sont examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis. ".

12. Il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, desquelles il ressort notamment que M. A a été soumis à un examen de vulnérabilité le 30 septembre 2024, que le directeur de l'OFII n'aurait pas procéder à un examen particulier de la situation du requérant. A cet égard, la lecture du compte-rendu de l'entretien d'évaluation de vulnérabilité révèle qu'un membre de la famille de M. A a spontanément fait état d'un problème de santé, qu'aucun document à caractère médical n'a été déposé et qu'un certificat médical vierge pour avis du médecin coordonnateur de zone a été remis à l'intéressé. Si le requérant soutient que le directeur de l'OFII a pris sa décision sans attendre le retour de ce certificat complété, il ne justifie pas avoir accompli de diligences particulières afin de faire remplir et de transmettre à l'OFII ce document, qu'il ne produit d'ailleurs pas même dans le cadre de la présente instance. Par suite, les moyens tirés de ce que le directeur de l'OFII n'a pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation du requérant, en particulier au regard du critère de vulnérabilité, et de ce qu'il a commis une erreur de droit en statuant sans attendre le retour du certificat médical, doivent être écartés.

13. En dernier lieu, comme précédemment indiqué, le requérant a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, hypothèse faisant partie des cas dans lesquels l'octroi des conditions matérielles d'accueil peut être refusé après une prise en compte de la vulnérabilité du demandeur, en application de l'article L. 551-15 cité au point 7 du présent jugement. Si l'intéressé soutient que sa situation de vulnérabilité est caractérisée par l'état de santé de son épouse ainsi que de l'une de leurs filles, il ne verse au débat aucune pièce de nature à établir la réalité des problèmes de santé de ces dernières. Il n'apporte pas davantage d'élément de nature à justifier d'une vulnérabilité particulière en se bornant à alléguer que sa famille se retrouve sans ressource et sans domicile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant à l'état de vulnérabilité du requérant et de sa famille doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de la décision du 30 septembre 2024 du directeur territorial de l'OFII doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

15. En application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La magistrate désignée,

M. Flechet

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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