Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410220
lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410220 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n° 2427008/8 du 10 octobre 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Paris a, sur le fondement de l'article R. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transmis au tribunal administratif de Lyon la requête de M. D A, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 9 octobre 2024.
Par cette requête, et des pièces complémentaires, enregistrées le 13 octobre 2024, M. D A, représenté par Me Djamal Abdou Nassur, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du ministre de l'intérieur du 8 octobre 2024 par laquelle il lui a refusé l'entrée sur le territoire français au titre de l'asile ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de mettre fin à sa privation de liberté, de lui accorder l'accès sur le territoire français au titre de l'asile et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 12 octobre 2024, le ministre de l'intérieur, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été introduite devant une juridiction territorialement incompétente ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jeannot pour statuer sur les litiges relatifs aux refus d'entrée en France au titre de l'asile.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique, au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme Jeannot, magistrate désignée,
- les observations de Me Djamal Abdou Nassur, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ; il ajoute que la requête, qui a fait l'objet d'une ordonnance de renvoi, est bien recevable, nonobstant sa transmission à une juridiction territorialement incompétente ; il précise que M. A a répondu avec précision à l'ensemble des questions posées lors de l'entretien réalisé par le représentant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et que ses déclarations sont crédibles ;
- les observations de M. A, requérant, assisté de Mme C, interprète en langue comorienne, qui indique qu'il a manifesté dans son pays pour ses droits, à savoir son droit de vivre, de travailler et de parler ; il précise qu'il a quitté les Comores en avion avant de rejoindre le Maroc.
Le ministre de l'intérieur, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant comorien né le 30 décembre 1998, est arrivé le 6 octobre 2024, par un vol en provenance du Maroc, à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry où il a présenté un passeport français qui ne lui appartenait pas. Placé en zone d'attente, il a sollicité le bénéfice de l'asile le 7 octobre 2024. Par une décision du 8 octobre 2024, le ministre de l'intérieur a rejeté la demande d'entrée en France au titre de l'asile formée par M. A et a décidé son réacheminement vers tout pays dans lequel il serait légalement admissible. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme B A, agente contractuelle du département de la coopération et de la dimension extérieure de l'asile, investie pour ce faire d'une délégation de signature au nom du ministre de l'intérieur du 12 octobre 2023, modifiant la décision du 24 août 2020 portant délégation de signature, régulièrement publiée au journal officiel de la République française le 14 octobre suivant. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit ainsi être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". Aux termes de l'article L. 352-2 du même code : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article. () ".
4. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides, après audition du requérant, a rendu un avis défavorable à son admission sur le territoire français au motif que ses déclarations étaient dénuées de tout élément crédible en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves en cas de retour dans son pays. Cet avis relève que les motivations de l'intéressé quant à sa participation à plusieurs manifestations dans son pays sont sommaires, que la nature de son engagement militant n'est étayée par aucun élément personnalisé, que ses déclarations concernant le déroulement des manifestations auxquelles il aurait participé sont élusives et que ses déclarations sur le nombre d'événements auxquels il aurait pris part sont évasives. Il ressort ainsi des pièces du dossier, et notamment des déclarations de M. A telles qu'elles ont été consignées dans le compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 8 octobre 2024, que le requérant se borne à énoncer des généralités en évoquant notamment la réclamation de ses droits. Il a également indiqué ne pas se souvenir du nombre de manifestations auxquelles il aurait participé. Par ailleurs, si M. A produit une convocation à une audience correctionnelle au tribunal de première instance de Moroni le 17 août 2024 pour avoir " avec d'autres personnes, tous en cagoules, fait obstacle de la voie publique par attroupement illicite, barricades, dans le dessein d'entraver ou d'empêcher la libre circulation des personnes ou de semer la panique au sein de la population " et avoir " fait obstacle au passage des véhicules et piétons en vue d'entraver ou de gêner la circulation sans autorisation légitime " ainsi qu'un mandat d'arrêt du 2 juillet 2024 du président de la chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Morono pour des faits de troubles graves à l'ordre public, d'une part, le droit d'asile n'a ni pour objet, ni pour effet de permettre à un individu de se soustraire à une procédure judiciaire de droit commun. D'autre part, son récit est empreint de généralités et le requérant peine à donner des informations précises sur les activités qu'il aurait menées lors des manifestations dans son pays. Enfin, le requérant, qui ne démontre pas pourquoi les autorités comores chercheraient à s'en prendre à lui en particulier, n'explique pas comment il a pu quitter son pays sans difficulté en avion sans être inquiété par les services de la police aéroportuaire alors qu'il serait recherché. Ainsi, les craintes invoquées en cas de retour dans son pays d'origine n'apparaissent pas crédibles. Dans ces conditions, c'est sans erreur de droit, ni erreur d'appréciation que le ministre de l'intérieur a estimé manifestement infondée sa demande d'entrée sur le territoire au titre de l'asile et refusé à l'intéressé l'entrée sur le territoire français au titre de l'asile.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
La magistrate désignée,
F. Jeannot
Le greffier,
A. Senoussi
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
No 2410220
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